En
son temps, Marx avait bien énoncé une telle chose, mais il avait
aussi écrit qu'il valait mieux la démocratie " bourgeoise "
que pas du tout.
Sur le plan historique la démocratie représentative
est née avec le capitalisme. Au moment où les bourgeois ont voulu
se saisir du pouvoir contre la monarchie, ils se sont donnés cet instrument.
Il s'agissait pour eux principalement:
-de prendre en mains le parlement pour
contrôler les impôts et la monnaie afin de n'être plus des prêteurs
jamais remboursés !
-abolir les corporations : c'est-à-dire
constituer la libre concurrence comme principe de gestion de la société.
Plus précisément cette abolition instituait la libre entreprise
et la fin du contrôle social sur les techniques, et les prix.
-établir
la propriété privée totale de la terre contre les éléments
existant de propriété nationale (du sous sol entre autres) et de
propriété collective.
-établir une justice et une police
pour leur propre compte.
Mais dans le mouvement de la révolution de
1789, il convenait d'associer une partie du peuple à cette initiative par
le biais du suffrage censitaire, et de déguiser cet instrument en "
souveraineté populaire ". Ainsi, tandis que les nouveaux possédants
travaillaient pour leurs propres intérêts, ils prétendaient
en même temps être l'expression de la voix populaire.
Il est évident
que tout principe démocratique se heurte d'emblée à la minorité
qui possède l'essentiel de la terre et le système d'entreprises.
Mais au-delà de cette remarque, certes fondamentale, il convient de passer
au crible le contenu même de la démocratie représentative,
même si le " suffrage universel " l'a rendue plus accessible au
peuple masculin sous la 3ème République en France, et au peuple
féminin en 1945.
Le
principe fondamental de la démocratie représentative est d'interdire
ce qu'on nomme, en droit constitutionnel, " le mandat impératif ",
au nom de la liberté de conscience du " délégué-député
". Il s'agit de permettre à ce dernier de ne pas se sentir engagé
par une promesse électorale face à une situation qui exigerait de
lui qu'il examine à nouveau le pour et le contre de son engagement..
Autrement
dit, par principe, le " délégué " ou député
est délié de toute promesse électorale, de tout programme
électoral. Il est par définition hors de tout contrôle populaire.
Il rsique seulement de ne pas êttre réélu.
A l'argument
"le député" peut faire ce qu'il veut, on peut répondre
à cela " c'est dangereux pour lui, il ne sera pas réélu
".C'est pourquoi, face à cette difficulté, le député
va établir des liens personnels de clientèle, de relations privilégiées
avec une partie des électeurs. Le clientélisme supplée ainsi
avantageusement au mandat moral dont les citoyens imaginent naïvement qu'il
est l'élément fort de la relation entre électeurs et député.
Le clientélisme est le fondement même de la démocratie représentative.
Ce ne sont pas les africains qui l'ont inventé, c'est nous, c'est un principe
constitutionnel indirect. Si le clientélisme semble avoir pris le pas sur
la démocratie en Afrique, c'est parce que les citoyens sont tellement démunis
de tout, qu'ils se saisissent de cet instrument importé de l'Occident pour
en faire le moyen d'obtenir quelque avantage, en faisant valoir naturellement
les appartenances d'ethnie. Ce ne sont pas les africains qui ont dévoyé
" notre démocratie ", ils se sont appropriés le clientélisme
induit par nos principes démocratiques, pour avoir un peu
En fait,
les proportions entre démocratie et clientélisme sont fonction du
degré de bien être ou de misère du peuple.
En outre, le
député, qui en réalité n'est pas un délégué
à qui on pourrait demander de rendre compte, n'est mandaté que par
son parti, et par sa classe sociale. " Avec mon parti, nous promettons ceci
ou cela
votez pour nous ! ". D'ailleurs les campagnes électorales
ne sont pas fondées sur l'appel à la responsabilité, au contrôle,
à l'intelligence, mais sur la gouaille, les trémolos, la manipulation,
le charisme. On est donc loin de la responsabilité immédiate du
délégué élu par une assemblée de citoyens à
la base, ou du principe élaboré par la Commune de Paris " le
délégué-député doit rendre compte de son mandat
et est révocable à tous moments ".
C'est pourquoi, il ne
vient à l'idée d'aucun député, face à une difficulté,
de venir demander l'avis à ses électeurs " Que me conseillez-vous
dans cette situation dont je vous donne les éléments ? ". C'est
le parti qui va dicter aux députés la façon de voter au parlement.
Un parti ne rend compte qu'à ses adhérents, et encore !
On peut déduire de ce qui précède que la corruption est nécessairement induite par ce type de démocratie; entre autres par le clientélisme qui lui est nécessaire. L'élu municipal ou le député savent donc que leur élection sera fonction de la bonne ou mauvaise publicité qu'il va faire vis à vis des électeurs, et des avantages personnels qu'il va accorder à tel ou tel, ou à tel groupe social, ou tel groupe économique. Cela suppose donc des budgets considérables de campagne. Ces budgets sont eux-mêmes source de corruption. Si le député tente de s'attacher tel groupe par des dons pour être élu, lui-même va être soudoyé par des groupes économiques puissants, ou des Etats, pour dire ou pour agir dans tel sens, moyennant le financement de sa campagne. Cette corruption hiérarchique va dans tous les sens, et échappe largement aux électeurs. Les programmes sont abandonnés, les promesses envolées, seuls comptent les dons ou avantages au coup par coup. Et tout le monde tient tout le monde par la barbichette: "si tu ne fais pas ce que j'ai demandé, ou ce que tu as promis, je suis susceptible de témoigner et d'agir contre toi".
Ceci n'a rien à voir avec un élu délégué des citoyens dans une assemblée populaire, et qui devra venir rendre compte de ce qu'il a dit, fait, tenté de faire, voté, dans telle instance.
Un député honnête peut tenter d'agir ainsi en donnant le compte rendu de cequ'il a dit à l'Assemblée à ses élus, mais ça n'est pas fréquent. Et cela n'a rien à voir avec le travail de recherches de fonds et de relations pour la prochaine campagne.
A cet égard, dce qui s'est passé à Corbeille-Essonnes au niveau de la Mairie est très intéressant. En 1995 Dassault l'emporte contre le maire traditionnellement communiste de cette municipalité. Comment ? En soudoyant par un travail minutieux des jeunes, des petites gens : financement des vacances, des permis de conduire, et autres... etc. L'électorat habituel du parti communiste tombe dans le piège. Ses membres deviennent sensibles aux dons immédiats et non plus à la réalisation hypothétique du programme, ou à l'idéologie "Je crois ce que je vois, je suis sceptique quant au reste". Ceci ca de pair avec la société consumériste à laquelle tous les citoyens sont attachés grâce au marketing politique de la majorité au pouvoir, avec l'assentiment de la gauche..
Le PC ne réagit pas tant alors sur le fond, mais sur la recherche des failles juridiques du système Dassault. Bruno Piriou va enquêter pendant de précieuses années, qu'il aurait pu consacrer à l'éducation politique des jeunes et des citoyens, et à leur engagement concret pour faire des choses pour la communauté avec une relative liberté... Ce n'est aps ce qu'il fait. Il enquête comme un juge d'instruction sur les méthodes Dassault et sur leurs irrégularités, et devient un excellent policier... pour faire chuter Dassault qui avait reconquis à nouveau la municipalité en 2008 avec 170 voix d'avance... Est-ce ce dont les masses citoyennes ont besoin ?
La morale veut que tous deux sont inéligibles pour leurs incartades réciproques... en Juin 09.
(exemple de corruption : les députés anglais s'en sont mis plein les poches aux frais du contribuable, en faisant passer pour des frais professionnels, des petits et grand plaisirs... A-t-on chiffré ? Vont-ils rembourser ?? (entre autres le Monde des 27 et 28-9-09 p 6)
Mais il n'y a pas que les députés anglais, c'est évident. Qui contrôle ces frais ?
La
Commune de Paris avait édicté la règle selon laquelle un
député ne devait pas toucher plus qu'un salaire d'ouvrier.
Le
SMIC est égal aujourd'hui à 1254,28 euros. Le parti socialiste demande
qu'il soit relevé à 1500 euros. Un salaire moyen d'ouvrier s'approche
des 2000 euros.
Un salaire de député est de 20000 euros, soit
10 fois plus.
Un député est en fait un haut fonctionnaire de
l'Etat, il appartient à l'élite sociale, et il est effectivement
au service de l'Etat. Il en respecte les fondements, le fonctionnement, les us
et coutumes, et il n'a aucun rapport avec le peuple de base du fait de son statut
social.
A-t-on déjà vu un député réfuter
réellement l'exploitation capitaliste ? Demander l'abrogation de la libre
concurrence ? Des prêts bancaires à taux zéro pour les
citoyens ? L'abrogation des licenciements ? La gratuité totale de la
justice ? La réorganisation de la profession des avocats ? Exiger que soit
rendue publique la diplomatie secrète du gouvernement
c'est-à-dire
tout ce qu'on peut imaginer qu'un citoyen de base voudrait ?? Ce député
serait traité de fou et pris pour tel. D'ailleurs il ne serait même
pas présenté par un parti politique..!
Si le parlement a pu faire voter, à une certaine période, dans l'après guerre, des réformes sociales importantes et a pu légiférer en matière de libertés démocratiques, ce fut d'une part en raison des rapports de force entre les classes existant dans le pays, mais également et surtout pour maintenir un équilibre entre les classes, ou préserver ce qu'on appelle la paix sociale. Il n'y a pas lieu d'en faire le procès ; tant mieux. Mais rien n'est définitivement acquis et tout peut être repris. Sous couvert d'une loi sur la délinquance, le ministre de l'intérieur, Sarcosy, vient de faire voter fin 2006 une loi qui est une déclaration de guerre contre la démocratie ; et que nous sachions, ça n'a pas fait grand bruit à gauche !! Mais depuis 2006, se succèdent toutes les lois de remise en cause des acquis en matière de santé, de retraite, de stabilité de l'emploi, de remise en cause de l'indépendance de la justice..
En définitive la démocratie représentative est l'habillement nécessaire du capitalisme pour paraître démocratique, mais surtout pour préserver ce système économique et social. On l'a vu en novembre 2005, lorsque le gouvernement a fait valoir une loi des années 50 sur le couvre feu, pour réprimer les jeunes émeutiers, quels sont les députés de la gauche qui ont protesté ? Tous les députés ont fonctionné comme des fonctionnaires d'Etat, avalisant l'action de la police, de l'armée, de la justice.
Les forums sociaux de 2006 auxquels ont participé en France
de nombreux citoyens, ont cherché le meilleur programme et les meilleurs
représentants de ce programme afin de se présenter à la Présidence
de la République et à la députation. Cela n'a rien donné
d'autre qu'une campagne électorale améliorée, qui s'est finalement
rangée dans les rails du conformisme politique et social habituel.
Nulle
part n'a émergé la moindre critique contre la démocratie
représentative ! Comme pour empêcher, de façon consciente
ou non, toute réflexion à ce sujet, la gauche de la gauche a fait
valoir, pour améliorer la démocratie, la " démocratie
participative " par exemple, qui est devenu le cheval de bataille de Ségolène
Royal, et toute une série de qualificatifs attrayants pour la démocratie,
mais personne n'a osé mettre en cause ce qui paraît faussement être
l'expression de la République, chacun s'appuyant sur cette fausse souveraineté
populaire. On a même entendu certains demander des référendums
fréquents, comme expression de la démocratie directe au service
du peuple !! Alors que c'est un autre instrument de dévoiement de la démocratie
et de la manipulation.
.
En règle générale, si la démocratie
représentative peut permettre au fascisme de s'installer (le nazisme à
partir de 1933), sans passer obligatoirement par un coup d'Etat, elle ne permet
pas et n'a jamais permis de transformer le capitalisme, à moins qu'un vote
ne s'accompagne d'un mouvement populaire de grande importance ou d'une modification
substantielle des rapports de force régionaux ou mondiaux (par exemple
aujourd'hui dans les pays d'Amérique latine, sous des formes très
diverses et parfois dévoyées).
Quelques exemples oubliés
-Qu'on
se souvienne d'Allende élu démocratiquement au Chili en 1970. Les
services secrets américains se porteront au secours des grands propriétaires
fonciers et de la grande bourgeoisie, à travers l'armée chilienne,
et aideront le coup d'Etat de Pinochet en septembre 1971 à se défaire
de la démocratie représentative qui avait permis (oh scandale !)
de véhiculer des idées de réforme incompatibles également
avec les intérêts américains.
-Qu'on se souvienne du
prêtre Aristide élu démocratiquement en Haïti en 1990,
avec 67,5% des voix. Un coup d'Etat fomenté par la CIA le renverse. Aristide
fuit mais son aura ne fait que croître dans le peuple. Clinton négocie
un compromis : Aristide peut revenir en 94 mais doit promettre d'appliquer les
recommandations du FMI au lieu de les pourfendre. Il a été manifestement
" changé " aux USA, mais on ne connaît pas la part de malveillance
dans le récit le concernant, de provocations sur place, de tyrannie de
sa part.. Toujours est-il qu'Aristide est réélu avec 91% des voix,
ayant aussi avec lui la bourgeoisie noire. Il réclame alors à
la France les 90 millions de francs or extorqués à Haïti entre
1825 et 1885
(une longue histoire). Les USA et Paris organisent alors
conjointement un coup d'Etat. On retrouve les ex lieutenants de Duvallier poussés
par les USA (le père Bush) et
Regis Debray pour la France, qui lui
demandera de démissionner. A l'issue de provocations diverses et variées,
où l'épiscopat prend partie contre Aristide, ce dernier est tout
simplement enlevé par l'armée américaine vers Miami pour
être jugé pour trafic de drogue. L'administration américaine
ne va pas le suicider à la Allende mais a trouvé d'autres méthodes
-Qu'on se souvienne de Lumunba, démocrate élu démocratiquement
par les congolais en 1960 pour former le premier gouvernement du Congo indépendant.
Lumumba a le grand tort de croire naïvement que le parlement et le gouvernement
peuvent décider, par un simple vote, de changer l'armée, l'administration
qui sont demeurées
.belges. La Belgique répond : " on
vous octroie l'indépendance, mais on reste, et rien ne bouge, surtout pas
l'armée qui doit rester belge ! " Lumumba résiste. Le gouvernement
belge fait alliance avec la bourgeoisie noire du Katanga minier. Lumumba, après
deux à trois mois de gouvernement, est enlevé, torturé, assassiné
et sa dépouille brûlée au cas où le peuple viendrait
la chercher pour l'honorer. Le chef congolais de l'armée, Mobutu, mis en
place par Lumumba, se plie volontiers au pouvoir belge, devient un dictateur et
laisse piller le pays, en profitant des prébendes qu'on lui laisse
Cet exemple épouvantable illustre bien d'une part ce que fut la décolonisation
en Afrique et ailleurs, et d'autre part l'impossible cohabitation entre un parlement
démocratique à l'occidentale et le symbole le plus évident
de l'Etat : l'armée, lorsque cet Etat est mis en cause par le parlement.
Autrement dit la démocratie représentative, faible expression de
la démocratie, ne peut être acceptable que si elle respecte l'Etat
ou les Etats dominants. C'est pourquoi les députés doivent se comporter
comme des fonctionnaires d'Etat. Ici la démocratie représentative
apparaît dans ses pires oripeaux.
Mais plus près de nous,
le Hamas est élu démocratiquement en Palestine en janvier 2006.
Ce vote ne convient pas à Israël, aux USA, et à l'Europe. Les
vivres sont coupés. La démocratie représentative a bien fonctionné,
mais pas dans le sens désiré par l'Occident. Un gouvernement ne
parvient pas à se constituer entre le Hamas et le Fatah, corrompu et devenu
minoritaire, parce que ce dernier veut faire des concessions majeures à
Israël pour récupérer l'aide occidentale. Le Fatah, obéissant
vis-à-vis des puissances ci-dessus, a envisagé de refaire des élections,
qui, pour lui être favorables, devraient obligatoirement être truquées
avec l'aide occidentale. S'égare-t-on ? Fin 2006 est rendu public l'envoi
d'armes au Fatah par Israël. Avec une grande lucidité politique, un
représentant du Djihad islamique de Palestine indique dans un interview,
en janvier 2007, qu'il est impossible d'imaginer un fonctionnement normal de la
démocratie dans un pays occupé, dont la libération n'est
souhaitée ni par les Etats arabes, ni par les Etats occidentaux, et qu'il
était illusoire de vouloir même constituer un gouvernement dans ces
conditions. Le seul objectif, dit-il, " d'abord s'unir pour en finir avec
l'occupation". C'est la raison pour laquelle son organisation n'a pas présenté
de candidats aux élections.
Démocratie représentative
oui, mais aux ordres ! C'est le message qui est passé aux pays dominés
par les occidentaux.
LA TOTALE PERTE DE LEGITIMITE DES INSTITUTIONS EUROPEENNES
Aussi , l'Union populaire républicaine titre le 3 octobre dernier (2009): " Un référendum pour rien ! " et expose les faits : " Le 12 juin 2008 , le peuple irlandais rejetait par 53,4% le traité de Lisbonne . Le 2 octobre 2009 , il s'est prononcé de nouveau , et favorablement , sur ce même texte sans qu'une seule virgule en ait été changée .
" Un texte qui n'est lui-même qu'une reformulation délibérément confuse du traité constitutionnel européen rejeté par les électeurs français et néerlandais en 2005 .
" Ainsi , quel qu'ait été le résultat , le second référendum irlandais ne pouvait être qu'une nouvelle illustration de la perte totale de légitimité des institutions européennes...
" Si l'Union européenne était un système démocratique - ce qu'elle n'a jamais été et ne sera jamais -, il serait incapable de faire revoter un peuple souverain alors même que celui-ci vient de donner verdict .
" Il ne serait pas davantage envisageable de priver de parole les autres peuples . Mais les peuples d'Europe ne vivent que dans une parodie de démocratie , le verdict des urnes , tout sondage d'opinion légitime , a cessé d'être politiquement contraignant .
" Il faut en prendre acte avec le plus grand sérieux et mesurer ce que les dirigeants européens sont prêts à faire pour que leurs projet aboutisse . "
Il
ne nous vient pas à l'idée, malgré tout ce qui précède,
de désirer la suppression des parlements. Nous avons le souvenir, pas si
lointain, et de sinistre mémoire, de la " Constituante " russe
de 1918, donnant une majorité aux Socialistes révolutionnaires et
aux mencheviks, tandis que les bolchéviks, qui avaient fait campagne pour
elle, y étaient minoritaires. A peine élue, les bolchéviks
qui avaient pris le pouvoir par un coup d'Etat, la dissolvait par les armes pour
installer la dictature de leur parti. Il n'empêche que partout où
se trouvent aujourd'hui leurs " descendants " politiques, une Constituante
est demandée dans des situations révolutionnaires ou supposées
telles. Pour en faire quoi ? Jamais la question du mandat n'est discutée.
A notre avis, il conviendrait d'une part de faire campagne pour que les
députés soient mandatés, viennent rendre compte dans
leurs circonscriptions et puissent être révoqués. Il conviendrait
également que le "métier" de député ne soit
pas une planque financière (révision du salaire et du cumul des
retraites)
D'autre part il conviendrait de susciter des assemblées
populaires, par grands quartiers de ville et de campagne (indépendants
des circonscriptions), pour proposer des lois, et lui donner des pouvoirs d'exécution,
avec des délégués, indépendants des partis politiques,
élus et révocables par les citoyens. Double emploi ? Oui et non.
Double pouvoir ? Oui pourquoi pas. Resterait à proposer quelle serait la
part de pouvoirs pour chacun. Ceci ne règlerait en aucune manière
la question fondamentale de la nature de l'Etat. Mais, dans des situations précises,
le pouvoir des assemblées populaires fédérées pourrait
être à même de faire face à l'Etat. Comment ? L'expérience
le dira.
Nous sommes pour une sertaine confusion du législatif et de l'exécutif; mais nous restons partisans de la séparation totale entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire.
Il faut tenter de distinguer la démocratie directe de
la pratique des référendums.
La Suisse se gargarise de pratiquer
la démocratie directe par les référendums (vote sur les minarets
de décembre 2009), et beaucoup de politiques utilisent l'argument, qui
est fallacieux. C'est prendre le côté formel des choses et l'apparence
pour une pratique démocratique.
Le référendum
est une pratique populiste et démagogique où le résultat
du vote sera en conformité en général avec la manière
de poser les questions. Et des gens sont spécialisés dans la recherche
des "bonnes" questions pour un "bon" résultat (le résultat
désiré). Le référendum n'a rien à voir avec
la démocratie directe.
La démocratie directe est par opposition
une décision prise par la base, réunie en AG ou en plenum ou en
Conseil du peuple, toutes catégories populaires confondues, décision
prise après la discussion et l'échange de vue les plus larges. Le
caractère collectif de la discussion et de la décision est très
important. (voir les conseils ouvriers et paysans entre février et octobre
1917 en Russie)
(corrections en décembre 2009)
revu en juin 09
(mars 2010)
Je
lis les conversations entre le MAUSS et Castoriadis : "démocratie
et relativisme", et je suis très déçue par le débat
(je n'ai pas encore tout lu, juste la première partie).
J'aime bien
l'intro de Jean-Louis Prat, à ceci près que ça n'est pas
la démocratie + la laïcité qui a permis aux sociétés
occidentales de considérer qu'on pouvait modifier les lois, celles-ci ne
venant pas de Dieu; c'est la bourgeoisie qui est cosmopolite et relativiste depuis
longtemps, athée très souvent, mais qui garde le discours religieux
pour un usage politique. La bourgeoisie souhaitait depuis longtemps modifier les
lois, en finir avec les jurandes et l'opposition à la concurrence, pour
établir la main-mise sur la monnaie, voter le budget... ça n'a rien
à voir avec un quelconque lien avec les grecs. La bourgoisie naît
en tant que classe en Europe, et impose SA démocratie, pour elle et pour
maintenir la paix sociale, entre autres éviter le retour à la critique
à la base des techniques nocives pour le peuple (les artisans).
C'est
important pour la suite du débat où Castoriadis pense que la capacité
à mettre en cause le système social et économique vient des
grecs et de l'Europe, sans émettre l'opinion qu'en Europe c'est la bourgeoisie
qui impose cette capacité. Cela ne constitue absolument pas une supériorité
! Après avoir jeter par la fenêtre l'idée d'inégalité
entre les sociétés, Castoriadis fait revenir par la grande porte
la supériorité occidentale, en raison de cette capacité (ci-dessus)
réduite à "une critique de soi" ! que ne pourrait pas
posséder les autres sociétés, surtout pas les sociétés
islamiques !! Qu'est-ce que c'est que ce truc là ?? Où se niche
la xénophobie !!!
D'abord la démocratie grecque c'est celle des
propriétaires terriens esclavagistes ! Leur "critique de soi"
est géniale ! Elle entérinne l'esclavage!
Et la démocratie
occidentale, c'est celle de la bourgeoisie. Cette démocratie bourgeoise
a pour principale fonction de faire barrage à la démocratie à
la base. Elle est son ennemie le plus efficace.
Dans les sociétés
islamiques, il y a très souvent des tribus, certes inégalitaires
mais qui pratiquent une démocratie à la base; et il y a souvent
l'organisation et le travail collectif dans l'agriculture. Que signifie "la
critique de soi" (au sens précédent) dans un tel contexte ?
Pourquoi les gens voudraient renoncer à ces systèmes ? Ils veulent
juste des améliorations.
Drôles de relents chez des intellectuels
!