(fiche de lecture)
Il
faudra attendre 1987 (sous Gorbatchev) pour que les rescapés de la famine
en Ukraine aient le droit de s'exprimer, de témoigner et de réunir
leurs témoignages, soit deux ans avant l'effondrement de l'URSS.
La
révolution de février 1917 a donné la terre aux petits et
moyens paysans et un immense espoir naît; la collectivisation, commencée
en 1927, confisque la terre à nouveau au profit de l'Etat " ouvrier
et paysan " dans une violence inouïe, c'est à dire au compte
du parti PCUS.
Y aurait-il eu une famine en Ukraine ?? A l'époque du
communisme, la chose est niée par le PCUS, la gauche et l'extrême
gauche européenne. Invention des anticommunistes !
(remarques hors du livre)
-La
" collectivisation " de 1929 par Staline, saluée comme un "
tournant gauche " par Trotsky et l'opposition de gauche qui appelait à
la fin de la NEP (p 636-637 TROTSKY par Pierre Broué. 1988 Fayard)
-Prétexte
pour liquider la paysannerie en tant que classe et en faire des prolétaires
: l'avenir est dit n'appartenir qu'au seul prolétariat !
-Sur l'UKRAINE,
prétexte pour liquider toute opposition au parti bolchévique, en
sachant que cette opposition est marquée historiquement par les anarchistes
héritiers de Makhno
En Ukraine:
60% de la population
4 à 7 millions de morts
Les
recensements sont frappés d'interdit, les seuls connus : 1926 et 1937 ;
les documents officiels sont détruits, comme les registres d'état
civil
. On peut aller au goulag pour avoir établi des listes de morts
ou écrit qu'il y a famine.
Dans le reste de l'URSS:
Un
million de Kazakhs
2 millions d'habitants de Russie dans les régions
céréalières
Les morts sont mis dans des fosses communes
par les hommes valides qui font des ramassages tous les jours. Les cimetières
sont laissés à l'abandon : plus d'énergie pour faire des
enterrements
-Soi
disant archaïsme des campagnes (parcelles étroites, outillage dépassé,
assolement triennal ( !!) : mise en cause par Moshé Lewin dans son livre
sur l'agriculture en URSS
.
-dite arriération de la petite exploitation
individuelle (cf Marx qui, le premier, voulait industrialiser les campagnes et
en finir avec la petite paysannerie)
-les petites exploitations (les grandes
ont presque toutes disparu avec la révolution de février et l'occupation
des terres par les paysans) sont dites exploitations tenues par des koulaks. Derrière
la chasse aux koulaks, il y a la recherche de la disparition de la paysannerie.
Derrière la notion de paysans pauvres, il y a les chômeurs des campagnes,
les comités d'indigents, les chemineaux, qui chassent les petits propriétaires
des terres, il y a souvent une population errante, non intégrée,
parfois de petits brigands sur lesquels le parti va s'appuyer. De nombreux témoignages
emploient le mot " voyous " pour désigner ceux qui viennent piller
et détruire les maisons.
(Le PCUS expliquait que la petite exploitation
paysanne pouvait permettre de restaurer le capitalisme. Tel n'était cependant
pas le point de vue de Marx qui expliquait que la petite exploitation n'engendrait
pas du capital au sens capitaliste du terme ) (voir également Tchayanov
p 17 du livre de Sokoloff))
-Trotsky voulait, comme le parti lui-même,
(et contre Boukharine qui veut prolonger la NEP) faire payer l'industrialisation
par la paysannerie à travers les prix des articles industriels augmentés
d'un " tribut ". La méthode est rigoureusement identique à
celle du capitalisme (celui-ci a fait payer par les paysans le prix du maintien
des bas salaires ouvriers, après la seconde guerre mondiale, en leur imposant
des prix agricoles très bas, qu'ils devaient obtenir par l'industrialisation
de l'agriculture)
Staline, Molotov, Kossior Kaganovitch
Il ne s'agit évidemment pas de rendre les terres collectives sous direction des paysans, mais de les exproprier au profit de fermes d'Etat (Kolkhoze avec un gérant " élu ", en fait désigné par le parti ; Sovkhoze étatique), par l'intermédiaire des soviets ruraux, où ont été exclus les délégués librement élus avant 1927, et où le parti a imposé ses membres avec l'appui de l'armée, les paysans ne pouvant accepter les bolchéviks.
-au préalable et pour obliger les paysans à entrer au kolkhoze, l'Etat impose l'achat des céréales à bas prix, puis oblige les paysans à donner la plus grande partie de leurs récoltes (les quotas irréalisables), puis toutes leurs récoltes, puis y compris les semences, sans oublier des impôts fantastiques La réaction d'une majorité de paysans ne se fait pas attendre. Ils brûlent leurs fermes, tuent leur bétail et tuent parfois les communistes (ce processus se passe presque partout même en Ukraine, " pacifiée " par l'extermination des anarchistes des années 1921 à 1924). Des émeutes se produisent et l'armée intervient violemment. Les autres entrent par la force dans les kolkhozes, puis tenteront de fuir vers les villes pour certains (le PCUS impose le passeport intérieur pour contrôler la fuite des population, et l'exportation des idées subversives : on en revient à avant 1861 où les serfs étaient attachés à la terre) Des milliers seront déportés et périront dans les goulags.
Dans
le même temps les églises sont détruites avec leurs icônes,
ou sont dévalisées et deviennent des granges, les prêtres
sont chassés ou déportés, la culture paysanne locale paysanne
disparaît ou s'effondre (chants, danses, poésies, folklores.. ).
Les écrivains ukrainiens sont pris à partie. L'intelligentsia est
détruite. Reniement linguistique.
Tortures physiques imposés
aux paysans y compris aux enfants affamés par les collecteurs sans principe
qui ont le droit de tout faire, y compris battre à mort.
Expulsions
des maisons. Privation de vêtements, de pain, de bois de chauffage, privation
de toute nourriture: les collecteurs entrent dans les fermes avec de longues tiges
de fer pour perforer le sol, les caches, les jardins, et emporter toute nourriture,
même celle qui n'est pas des grains (haricots, conserves, terrines
.).
Confiscation de tous les animaux, et de tout ce qui pourrait se manger.
Travaux
forcés pour des vols d'épis.
Comme
dans les pires sièges : les chats, les chiens, les rats, les limaces, tous
les petits animaux des forêts.. puis les pelures de pommes de terre, les
débris de paille hachées avec des orties, des arroches, des feuilles
de tilleul, des pissenlits, des trognons de maïs moulus (les gens fabriquent
des mortiers en cachette)
Des cas d'anthropophagies sont indiqués :
soit des gens morts de faim, soit des enfants mangés par des parents devenus
fous.
Pour être sûrs que les gens ne pourront rien moudre, toutes
les meules sont brisées dans les maisons. Personne n'a le droit d'en posséder.
La nourriture pour les porcs des kolkhozes arrive sous bonne garde ! Les gens
affamés se jetteraient dessus.
Les réfectoires collectifs des
kolkhozes, que certains directeurs ouvrent à des enfants affamés,
les sauvent de la mort. Mais il ne faut pas que le parti l'apprenne.
-effondrement
de la production, l'agriculture est ruinée, des terres sont abandonnées
-la
collectivisation est une dévastation mais aboutira à la disparition
momentanée de la paysannerie
-le pillage des paysans par les activistes
du PCUS apporte au parti et à ses cadres les petites richesses des gens
: diamants, bijoux en or etc.
-les rescapés n'ont pas la force de travailler
dans les champs des kolkhozes
-effondrement du cheptel et des chevaux
-les
écoles ne fonctionnent plus, les enfants disparaissent
-la terrible
famine en Ukraine, où le pouvoir central n'approvisionne même pas
les kolkhozes dans un premier temps, fera plus de morts que la guerre de 1940
(cf les témoignages)
-" Collectivisation " : rien à voir avec des coopératives
démocratiques
-Soviets paysans = organes policiers du parti
-"
L'ennemi de classe " = l'opposant démocrate au parti PCUS
-Les
" ennemis du peuple " : les victimes de la famine qui osent parler de
famine.
-le paysan moyen ou petit est un koulak ou un bourgeois, ennemi du
peuple
Les " activistes " bolchéviques
ou commissaires du peuple sont devenus les nouveaux seigneurs tsaristes.
Le
monument dressé en Ukraine pour commémorer l'Holodomor en novembre
2008, ne peut écrire les listes des morts.. Pas assez de place.....
Cela
ne servira pas de leçon. Lors du " grand bond " en Chine en 1958,
lorsque Mao voulut imposer aux paysans de devenir des prolétaires ouvriers
dans les campagnes pour faire de l'acier, il y eût une famine, dont la description
ressemble à s'y méprendre à celle de l'Ukraine. On parle
de 30 millions de morts. On ne produisit pas de l'acier dans les campagnes, et
on abandonna les cultures
(fiche faite en juin 09)