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    Marchés de l'or actuels: interprétation

    Nous nous proposons d'examiner la signification des marchés de l'or actuels à partir de l'analyse sur l'étalon monétaire de Marx. Analyse d'une importance majeure mais que d'aucun trouveront sans intérêt par les temps qui courent.

    Les marchés de l'or actuels ont une fonction bien précise : donner journellement la valeur or des différentes monnaies, depuis qu'elles sont soit en papier, soit purement virtuelles.
    Il existe assez peu d'études sur les marchés de l'or, mais il n'en existe pas sur la signification monétaire de ces marchés.
    Nous avons produit deux articles sur cette question, passés inaperçus parce qu'étant considérés comme iconoclastes, hors de la mouvance de la pensée économique officielle, laquelle a deux volets, un volet post-keynésien acceptable, et un volet libéral à la mode. Toute autre vision est considérée comme non-explicative et pratiquement hors du champ de l'économie politique (Les marchés de l'or contemporains, Cahiers du GRATICE, Janvier 92, Paris XII. Puis : Les marchés de l'or : marchés de l'étalon monétaire ? Cahiers de sciences économiques, n° 16, 1995, Grenoble.)
    Pratiquement jusqu'en 1971, avant les accords de la Jamaïque et un peu après la décision de la non-convertibilité du dollar papier en or, en 1968, les banques centrales ont recensé la valeur or officielle des monnaies. Cette valeur était considérée comme devant être fixe, mais subissait de nombreux ajustements toujours à la baisse appelés des dévaluations. Ce mouvement continue à la baisse sur une longue période traduisait bien l'ère inflationniste dans laquelle toutes les monnaies se trouvaient, à des degrés très divers cependant. Le rapport de ces valeurs or donnait très exactement la valeur d'une monnaie dans une autre, c'est à dire les taux de change. A côté des relevés bancaires, existaient des marchés libres de l'or en lingots et en onces (31,103g). Jusqu'au début des années 60, ces marchés donnaient des prix d'or en monnaie nationale qui correspondaient aux relevés officiels des banques. Les distorsions éventuelles, entre les deux, finissaient par entraîner des dévaluations. En fait le marché libre l'emportait toujours, ce qui est normal. Si les gouvernements n'avaient pas voulu suivre les indications des marchés de l'or, seraient nés alors des marchés parallèles de définition des taux de change, des taux de change multiples, ou des marchés noirs de change monétaire. Lorsque l'URSS a décidé de donner une valeur or arbitraire à sa monnaie, et de la soustraire de l'appréciation des marchés de l'or en 1926, elle a dû fermer ses frontières et sa monnaie est devenue inconvertible, personne n'en voulait plus. C'est à partir de là que sont nés, en URSS et dans les pays de l'est des marchés noirs de change. Les marchés de l'or occidentaux ont donc toujours joué le rôle de baromètre des monnaies, en donnant leur valeur or, surtout depuis que les monnaies or avaient disparu des échanges monétaires quotidiens au 20ème siècle. Les économistes n'ont pas voulu reconnaître les faits, à savoir qu'il pouvait exister des monnaies représentant une valeur or, sans pour autant que l'or ait réellement circulé. C'est l'histoire qui a fait ceci., c'est à dire qui a fait de l'or un étalon monétaire. Sinon comment expliquer l'existence des marchés de l'or et leur caractère particulier ?
    Vers le milieu des années 60, les distortions entre le cours officiel des monnaies en or, donné par les banques, et la définition donnée par les marchés libres de l'or devinrent intenables. Les écarts étaient de plus en plus grands. Il eût fallu sans arrêt prononcer des dévaluations. La valeur or des monnaies ne cessait de diminuer, par conséquent, pour les grands argentiers, la solution était de transformer les devises en or et de se procurer des lingots d'or à la banque centrale des USA, contre des dollars. Réaction des USA : on suspend la convertibilité en mars 68 car ces argentiers faisaient fuir l'or des USA.
    De fil en aiguille, la solution la plus sage paraissait être, du point de vue des politiques des pays occidentaux, de supprimer le taux de change fixe, d'en finir avec une référence officielle, et de laisser les monnaies " flotter " au gré du marché, ce qui allait renforcer l'instabilité des prix dans les échanges et la nécessité de spéculer sur les marchés des changes, bien qu'il n'y ait pas eu encore de libre circulation des capitaux, à part sur les marchés internationaux d'eurodevises.

    La suppression des taux de change fixes a lieu entre les années 73 et 74 pour les grandes monnaies occidentales. On a dit que c'était un choix, en fait c'était quasiment une obligation, tellement les monnaies occidentales étaient devenues fragiles, sujettes à dévalorisation. Notons bien que c'est la décennie 70 qui impose cela en raison de l'inflation qui a tendance à s'accentuer fortement. C'est un problème monétaire qui, à notre avis, et encore une fois, traduit le refus du système de devoir supporter des politiques interventionnistes classiques. Refusant d'analyser les faits, les économistes, et en premier lieu les soviétiques, puis avec joie, l'ensemble du monde occidental, ont inventé la théorie de l'inflation venue " de l'extérieur ", c'est à dire du pétrole. Cette théorie a fait l'affaire de tous et a évité que l'on s'interroge sérieusement sur la nature du système lui-même. En réalité les américains ont lié, dans 3 accords successifs (Washington, Téhéran, Bagdad) entre 71 et 73, le prix du pétrole au cours de l'once d'or en dollars, lequel augmentait au fur et à mesure de l'inflation américaine. L'augmentation du prix du pétrole était donc automatique. Pourquoi les USA ont-ils fait cela ? Il y a une multitude de raisons, entre autres la nécessité de s'attacher la soumission des pays pétroliers par le cadeau inestimable de la hausse continue du prix du pétrole ! Cette réalité là, lisible dans le contenu même des accords, a été falsifiée par l'ensemble des idéologues du monde occidental et de ce qu'on nomme encore avec ou sans humour " les représentants du mouvement ouvrier ".
    L'abandon des changes fixes est entériné aux accords de la Jamaïque en 1976. A partir de là, il a été dit que la valeur or des monnaies avait définitivement disparu. Pourtant les marchés de l'or, avec leur spécificité traditionnelle, demeurent partie intégrante de la Bourse. Les prix de l'or sont donnés dans toutes les monnaies. Il suffit de chercher la valeur théorique de chaque monnaie en or, et de faire ensuite le rapport entre les différentes valeurs or des monnaies pour trouver le taux de change du jour entre deux monnaies. Aucun autre marché de matière première ne rend compte du taux de change. Ces observations sont de l'ordre des faits. Mais c'est dans la décennie 70 que naissent la " théorie de la déconstruction " ou ce que Bricmont appelle le " postmodernisme ", lesquels s'attachent à nier la réalité des faits…. Cette philosophie empoisonne toutes les disciplines et nie finalement le fondement même de la recherche scientifique : l'analyse des faits.
    Pour notre part, nous avons observé que les marchés de l'or jouaient toujours le même rôle, ce qui signifie que l'or est bien toujours un étalon monétaire. Le jour où les marchés de l'or disparaîtront, nous nous poserons d'autres questions.

    Conclusion : La théorie monétaire est capitale. Ce n'est pas un hasard si les économistes actuels en ont fait une théorie psychologique, une théorie des anticipations, quelque chose de totalement incompréhensible pour le commun des mortels..
    Dans les théories dominantes, et comme nous l'avons vu, la monnaie n'aurait plus de valeur depuis la fin de l'étalon-or, selon les post-keynésiens, que ceux-ci placent soit en 1914, soit en 1971 lorsque les USA entérinent la non-convertibilité des dollars-papiers en or, laquelle est prononcée de fait depuis mars 1968. Nous n'allons pas discuter ici de l'erreur qui consiste à voir la fin de l'étalon or en 71, alors qu'elle a eu lieu en 1914. Ce qui doit retenir notre attention est la signification de la thèse en question : le véhicule fondamental du capital serait désormais sans valeur a priori, ce seraient la subjectivité, les comportements, l'irrationalité des marchés, les événements qui lui donneraient un pouvoir d'achat et non pas une valeur. Donc la monnaie n'aurait plus capacité à devenir du capital. Tous les théoriciens universitaires se sont attaqués à la nécessaire destruction de " l'étalon de valeur en temps de travail " appliqué à la monnaie, dont le référent demeure l'or. C'est là un travail considérable d'interprétation volontairement erroné, non seulement des textes de Marx mais également de la réalité factuelle. Cela valait certes la peine puisque tous les marxistes ont plongé sur cette question : plus un seul ne défend la valeur de la monnaie à travers un étalon de mesure. Et pas un marxiste ne s'intéresse de près ou de loin à la nature et au fonctionnement des marchés de l'or. Or comme la monnaie transporte la plus-value mesurée en temps de travail…il y aurait là un échec fondamental de la théorie de Marx. Il faut avouer que c'est un des points les plus cruciaux, où l'idéologie occidentale a, pour le moment, rangé tout le monde derrière elle.

    Il y a finalement une sorte de partage du travail entre les post-keynésiens et les libéraux. Les premiers donnent les éléments théoriques pour dépouiller la théorie de Marx de ses fondements scientifiques. Les seconds définissent des politiques susceptibles d'augmenter, dans des proportions considérables et trop visiblement inhumaines, la plus-value. Les premiers, qui ne comprennent plus rien à la plus-value, et qui se réclament d'un bon capitalisme, combattent les seconds sur le terrain de la gestion capitaliste, puis se rendent aujourd'hui à l'évidence du bien-fondé des politiques libérales qu'ils reprennent à leur compte tout en critiquant le libéralisme, forme abusive et inhumaine de gestion du capital !

    Tentons de résumer quelques enseignements de ce qui précède. Retenons le rôle très contradictoire de l'Etat au 20ème siècle lorsqu'il devient interventionnsite : ravageur en matière monétaire, réformateur en matière sociale, ceci au prix de la dépendance et de la soumission des citoyens.
    Retenons également que la monnaie, véhicule du capital, a tendance à devenir destructrice lorsqu'elle devient papier-monnaie ou monnaie virtuelle. L'inflation jette les salariés, les classes moyennes dans la misère.
    Pour tenter de réajuster tout cela et éviter l'inflation, les nations occidentales riches ont recours à deux moyens 1) Faire des politiques de rigueur nécessaires à la stabilité de la valeur de la monnaie. Ces politiques (de "désinflation compétitive") mettent en cause toutes les politiques d'avancée sociale et les services publics. Leur danger est la destruction dxe la paix sociale. 2) Faire la guerre afin de construire un complexe militaro-industriel capable de dégager une plus value exemplaire et dont les marchandises auront des débouchés obligés, qui permettront le pillage plus intensif du Tiers monde pour financer une politique sociale adéquate dans les pays riches...En même termps la guerre est un moyen de soumission exemplaire. La guerre entre nations occidentales, et contre les nations du Tiers monde, voilà qui ce qui pourrait étrangement jouer un rôle plus efficace que les tentatives de réformisme de la social démocratie !