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    Islamisme ?

    ( réécrit en novembre 2009. Première version en août 2009)

    L'idéologie dominante est un montage subtil, insidieux, à la fois objectif et producteur de subjectivité…
    Elle parvient à verrouiller toute pensée libre..

    Max Dorra (Le Monde du 28 juin 2009)

    Introduction

     

    Le mot " islamisme " signifie étymologiquement la religion fondée sur l'islam (1) à partir de Mahomet. De la même façon, le christianisme s'est constitué autour du Christ, et le judaïsme à partir du royaume de Juda.
    Mais un sens nouveau a été attribué ces dernières années, entre autres depuis les attentats du 11-9-01, à " islamisme ", par les occidentaux, et par suite par certains musulmans, sous la pression occidentale, d'une exceptionnelle vigueur, politique et psychologique depuis 8 ans.
    Il s'agit d'assimiler systématiquement l'islamiste, celui qui pratique la religion de l'islam, à un intégriste. Aujourd'hui, on dit islamiste pour intégriste, dans le but de disqualifier l'islam. Mais ceux qui emploient ce mot se gardent bien de le définir. On fait comme si le sens du mot allait de soi. On remarquera en plus la petitesse d'une certaine pensée occidentale qui veut réduire pour partie la situation au Moyen Orient à l'existence de " l'islamisme " !

    En réalité, dans cette version occidentale, ce mot a encore une acceptation plus large, il se présente comme un fourre-tout où on y retrouve pêle-mêle non seulement le musulman et l'intégriste, mais le narcotrafiquant, le terroriste, le résistant politique, l'indépendantiste, le nationaliste, l'arabe…, une version xénophobe et injurieuse.
    Pire, dans cette définition, l'islam ne pourrait que rejeter la laïcité, refuser la démocratie (entre autres notre belle démocratie occidentale, qui fait ses preuves partout, en inoculant une corruption d'un degré jamais atteint)..

    En conséquence, l'existence des Etats arabes avec une religion d'Etat et des Républiques islamiques, serait par définition le résultat bien compris de " l'islamisme " ou plus généralement de l'islam.

    Mais nos "élites" politiques et nos médias ont fait un pas de plus fin 2009. Le mot islamisme est peut-être apparu comme n'était pas suffisant et ne faisant plus assez peur. On y a ajouté l'équation avec Al Qaïda. Ainsi Al Qaïda est partout, c'est une sorte d'Internationale super organisée, intervenant partout en même temps, insaisissable bien sûr, et jetant des ponts entre tous les "islamistes" du monde entier.

    Edward Saïd, intellectuel palestinien, devenu américain, qui a passé de son vivant une grande partie de son temps à contester dans le détail ce qu'était " l'orientalisme " occidental, pourrait se retourner aujourd'hui dans sa tombe.
    On n'est plus en effet aujourd'hui face à un orientalisme xénophobe, dans sa version douce, mais on est face à une grossière vindicte raciste qui ne peut qu'émouvoir tous les musulmans du monde et les pousser à la peur, à la révolte, à la violence.
    Ce mot jamais défini, employé à tout va, avec une brutalité intellectuelle nouvelle, est le reflet d'une volonté politique d'amalgame. S'il traduit certes l'indigence de la pensée occidentale, et d'une large majorité de ses intellectuels, dans l'analyse qui prétend cerner ce qui se passe dans les pays du Maghreb, du Moyen Orient et de l'Orient, il montre en outre une perversité particulière en établissant d'emblée les égalités ci-dessus, par la seule force de la répétition et de l'affirmation.
    Evo Morales précise très bien les choses en indiquant, début août 2009 à Quito, le contexte dans lequel se situe le débat. Il explique que la lutte contre le dit terrorisme et le narcotrafic, de la part de l'administration américaine, a remplacé (opportunément) l'anticommunisme (Le Monde du 10 août). Nous ajoutons, en complément, à propos du Moyen Orient, que le combat contre les peuples à majorité musulmane, qui luttent contre l'occupation de leur territoire, contre la guerre qu'on leur fait, contre la mise à sac de leur pays, ne peut se mener, du point de vue de l'impérialisme, que sous le prétexte du terrorisme et du narcotrafic, qui serait évidemment contenu dans " l'islamisme ". Il fallait bien en effet remplacer le communiste avec un couteau entre les dents par son équivalent islamiste.
    Nous voilà revenus au monde de Georges Orwell, qui avait eu l'intuition des nécessaires nouvelles langues simplificatrices et bêtifiantes des " élites " qui nous gouvernent, et des prétendues critiques de ces élites.

    En réalité, c'est la politique occidentale, dans sa version aussi bien soviétique que sa version libérale capitaliste, qui a fabriqué les conditions d'une part d'un intégrisme à grande échelle, d'autre part et surtout la naissance de nouveaux partisans nationalistes qui, ne pouvant plus se référer à la doctrine marxiste totalement faillie à l'est, brandissent, avec l'énergie du désespoir, le discours religieux comme nouvelle théorie révolutionnaire. Car ils n'ont plus que celle-là.

    De plus, c'est la politique occidentale, dès avant la seconde guerre mondiale, qui a donné les éléments pas à pas des conditions de la construction d'Etats despotiques de type religieux, entre autres pour les ex pays coloniaux, particulièrement dans les pays du Moyen Orient et d'Afrique.

    I)Le fourre-tout que constitue le concept d'islamisme

    Ceux qui analysent de façon critique la politique de l'impérialisme vis à vis des pays dits musulmans, sont souvent rejetés du côté de ceux qui n'ont que la théorie du complot en tête ! Mais ce qu'on nous raconte sur "l'islamisme" et le terrorisme, relève précisément de l'invention d'un complot autour d'Al Qaïda dont les tenants et aboutissants sont de plus en plus grotesques...

    Dans un premier temps, il nous faut relever tout ce qui est mis au compte des activités de " l'islamisme " et d'Al Qaïda.
    L'impérialisme américain a délibérément assimilé les moujaheddines (combattants) musulmans, en lutte contre les soviétiques en Afghanistan, et qu'ils ont financés, à des intégristes dès lors qu'ils n'ont plus obéi à ses injonctions et se sont retournés contre lui. Ils ont adopté la même analyse que les soviétiques qui ont qualifié ainsi les afghans qui se sont retournés contre eux à la fin des années 70.
    Al Qaïda, crée ou noyautée par la CIA en Afghanistan, à l'époque où les USA armaient les résistants, via le Pakistan, et dont le chef présumé était Ben Laden, est devenue dès lors, du jour au lendemain, la représentation du mal absolu. Nul ne sait si cette organisation passe-partout, aux contours les plus flous, et qui, chose extraordinaire échappe constamment à la vigilance occidentale, mais l'on accuse aujourd'hui de presque tous les attentats, est encore manipulée par la CIA… ?
    Ce concept " d'islamisme " a été nécessaire à Bush pour formater la pensée du public, à l'aide des médias serviles. Et cela continue. Ce concept est également nécessaire à Poutine. En écrivant que Al Qaïda fait acte d'allégeance à l'islam, on établit l'équation : terrorisme = musulmans = islam.

    Puis le fourre-tout s'est élargi :
    -C'était soi-disant le GIA, groupement " islamiste " armé algérien (créé en fait par les services secrets algériens), qui aurait assassiné en 1996 les moines de Tibéhirine. On savait que c'était faux. La preuve vient d'être donnée (en mai 2009) qu'il s'agissait de l'armée algérienne, avec la complicité silencieuse du gouvernement français.
    -Les embuscades terroristes qui ont lieu dans le Sahara en Algérie et dans le Sahel seraient le fait du GSPC devenu AGMI, rattaché aux " islamistes " d'Al Qaïda. Il s'agit probablement avant tout, d'après la presse elle-même, d'une part de voyous, et filières de drogues, financés en sous main par les gouvernements algérien, mauritanien, nigérien, sénégalais… et d'autre part des résistants nigériens luttant contre le despotisme de l'actuel gouvernement du Niger (un conglomérat difficile à cerner)
    -L'attentat de Karachi de 2002 qui avait fait plusieurs morts dans une entreprise où travaillaient des français, attribué à Al Qaïda, est en réalité une affaire politique compromettant le gouvernement français de l'époque (révélation en juin 09) : une frange de l'ISI au Pakistan se serait vengé de la vente de 6 sous marins nucléaires français à l'Inde.
    -L'attentat meurtrier de Madrid de mars 2004 a donné l'occasion à la presse espagnole de se diviser gravement sur son origine. Attribué d'abord à l'ETA, puis à Al Qaïda, puis à des islamistes indépendants…le procès, début 2007, disculpe 28 des 29 inculpés ( !), après une série de scandales. Seul un inculpé, qui nie, est accusé d'avoir posé des bombes.. et l'affaire est enterrée !
    -L'attentat de Londres de juillet 2005 n'en finit pas de provoquer des rebondissements. Les parents des victimes, et des inculpés qui auraient prêté main forte aux exécutants, demandent la réouverture de l'enquête, et contestent la thèse officielle qui se contente de s'appuyer sur de dites revendications d'Al Qaïda. Même la responsabilité du Mossad aurait été évoquée. Le procès pourra-t-il avoir lieu un jour ??
    -Les attentats en Indonésie du 17-7-09 seraient le fait d'un mouvement proche d'Al Qaïda. C'est bien vague. Ou on ne sait pas ou on ne veut pas savoir officiellement qui est derrière ces attentats. Des présumés coupables ont été arrêtés et auraient avoué (sous la torture ?)
    -En Somalie, les jeunes résistants des " chebabs " seraient des amis d'Al Qaïda (été 2009), ainsi en a décidé l'administration américaine (Courrier international du 27-8 au 2-9-09 sur la Somalie). Ces résistants liés à la piraterie en mer, doivent être disqualifiés. Il s'agit de déconsidérer leur combat contre l'occupation occidentale via l'Ethiopie, et armée par les USA, avec le soutien de l'ONU. L'enlèvement en juillet 2009 de deux espions français par ce mouvement des " chebabs " très bien renseigné à Mogadiscio, montre quel jeu ridicule joue le gouvernement français à l'intérieur de l'impérialisme occidental. Obama a, dans son discours du 11 juillet au Ghana, qualifié ces résistants de " terroristes " dans la bonne tradition Bushienne… (2)
    -Djamel Beghal, un dit islamiste assigné en résidence en France, condamné à 10 ans de prison en 2005, aurait fréquenté les camps d'Al Qaïda. Il devait être renvoyé dans son pays d'origine. La cour européenne des droits de l'homme, saisie d'un recours, s'y est opposée… (étrange pour un militant d'Al Qaïda)
    -Les émeutes en Chine des Ouïgours, le 7-7-09, dans une province à majorité musulmane, le Xinjiang, gorgé de pétrole et de matières premières, seraient aussi le fait de menées d'Al Qaïda ! La Chine s'est mise à l'heure des mensonges occidentaux. Un journaliste du Monde intitule un paragraphe d'un article " Poids de l'islam salafiste " (le mouvement le plus intégriste), mais dans le corps de l'article parle de l'influence majoritaire " soufie " chez les Ouïgours, c'est-à-dire une tendance très tolérante et pacifique… Autrement dit, écrire la chose et son contraire, en opposant un titre et le contenu de l'article, devient une méthode d'information.
    -En Tchétchénie, l'opposition au tyran Kadyrov, soutenu par Poutine, serait également " islamiste " depuis fort longtemps. Le 21 août 2009, les indépendantistes tchétchènes s'étant livrés à des attentats seraient des islamistes
    -En Egypte, l'opposition à Moubarak serait également " islamiste ", du fait de la présence des Frères musulmans, mouvement à tendance fondamentaliste, mais surtout nationaliste conservateur.
    -A la mi-août 2009, les soviétiques et les médias, reprenant le cliché, écrivent que les attentats pour l'indépendance en Ingouchie seraient le fait des islamistes…
    -Les horribles attentats qui se sont produits en Irak le 19 août 2009 (110 morts et 600 blessés) et le 25 octobre 2009 (plus de 150 morts et 700 blessés), 8-12-09 ( 127 tués, 448 blessés) sont attribués immédiatement à Al Qaïda… ((Le Monde du 10-12-09). Tous les articles sur cette question ne font jamais état de la question des armements fantastiques dont disposent ces dits terroristes. Silence total !! Un audit demandé par le Pentagone en novembre 2007 faisait état de deux factures, au total 7,7 millions de dollars, enregistrées par la défense US sans destination, puis une de 2,7 billions de dollars aux forces de sécurité irakiennes facturée de façon incorrecte... etc (www.planetenonviolence.org/Irak-les-Etats-unis.....juin 2008), avec une interrogation: "où est passé cet argent ?".... A qui le crime sert donc ? Une autre source (Le Monde du 18-6-08) indique 23 mds de dollars disparus en Irak, dollars qui devaient servir à la reconstruction: gigantesque détournement de fonds. 70 entreprises US sont visées....

    -Au Yémen, à la frontière saoudienne, ne voilà-t-il pas que le Zaïdisme puis le Houthisme, qui seraient des variantes du chiisme (rien de sérieux sur cette question), qui se bat contre le pouvoir central, serait de mèche avec Al Qaïda ?? On en oublie que cette dernière organisation n'est en principe pas chiite mais sunnite..En décembre 09, ne voilà- t-il pas qu'un passager nigérien d'un avion en partance vers les USA, s'arrose la jambre de poudre et y verse un liquide propre à "faire exploser" l'avion.... Ce conte nous renvoie comme de juste vers Al Qaïda, au Yémen, parce qu'il est nécessaire de nous convaincre qu'il faut semer la guerre dévastatrice à cet endroit aussi, et comme par hasard, l'individu était connu des services de renseignements, donc ceux-ci sont bidons ou de connivence ? Un article du Courrier International ( 19 au 25 novembre 09) laisse entendre qu'il ne s'agit que d'intox de la part du gouvernment yéménite dans le but de recevoir des subsides des USA. Derrière ces rébellions il y aurait de sérieux problèmes de partage de l'eau, et une volonté de sécession des régions du nord par suite de la réunification bureaucratique des deux Yémen vécues assez mal par les populations et des responsables locaux. Cette guérilla qui dure depuis plusieurs années aurait déplacé 250 000 personnes.

    -nov 2009: Les enlèvements dans le Nord du Mali seraient dûs à la "branche dure"d'Al Qaïda... C'est quoi la "branche molle" ?

    -Mais Il n'y aurait pas plus d'une centaine de combattants d'Al Qaïda à la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan (Le Monde du 10-12-09). Comment le sait-on ? Qu'est-ce qui les distingue des talibans ? C'est quoi finalement cette guerre ?

    Autrement dit, Al Qaïda est partout, a apparemment des moyens considérables en armes et en militants, mais est naturellement insaisissable. Loup garou des temps modernes ! Mais d'où vient l'argent de ces "terroristes" ??? D'où viennent leurs bombes ? Comment les achemine-t-ils ? Qui les aide à passer inaperçus ? Qui les aide à voyager ? Pourquoi n'attrape-t-on jamais les têtes ? Nul doute que cette explication, trop répétée, trop commode, finalement grotesque, mais entretenue par tous les médias sans exception, cache bien des mystères, bien des incohérences, des mensonges et des infamies. Un fait gravissime nous trouble. Le 30-12-09, un agent double dit d'Al Qaïda, s'introduit dans un repère de la CIA à Khost dans l'est de l'Afghanistan sans être fouillé. Il est très connu comme membre de la CIA et on ne se méfie pas de lui ! Il se fait alors exploser tuant 7 membres de la CIA. En réalité il était au service des afghans pour s'introduire dans la CIA. Quelle est donc la réalité d'Al Qaïda ?

    On pourrait attendre une contrepartie explicative de la part des journalistes et écrivains musulmans à cet ensemble. Cette contrepartie existe à n'en pas douter. Mais nos médias très savants ne nous informent pas à ce sujet, ou alors au compte goutte.

    Les gouvernements égyptien, irakien, tunisien, algérien, indonésien, pakistanais ne font pas d'ailleurs mieux en matière de qualification, en reprenant le concept " d'islamisme " pour caractériser eux-mêmes leurs opposants ! On l'oublie trop facilement lorsqu'on montre du doigt les Etats religieux arabes comme preuves du caractère nécessairement violent de l'islam. On veut oublier ces opposants, ce qu'ils disent, et comment ils le disent. Nous n'en savons rien !! Ces gens, ces résistants écrivent forcément dans des tracts, dans des journaux de militants. Qui, parmi nos grands intellectuels, va y voir ??


    II)LA CONSTRUCTION DES CADRES AU DESPOTISME AU MOYEN ORIENT.

    A)LA RENAISSANCE DES ETATS RELIGIEUX AU 20ème siècle.

    En 1789, en France, nous en avons fini, en Occident, avec l'Etat de droit divin. Au 17ème siècle, la Grande Bretagne avait déjà adopté la monarchie constitutionnelle. Il n'y aura plus d'Etat de droit divin en Europe jusqu'à nos jours.

    Plus d'un siècle après, l'Empire Ottoman est démantelé par les puissances occidentales (France et Grande Bretagne) suite à la guerre de 1914-18, et prévoient son partage (accord Sykes-Picot) en raison de ses réserves de pétrole connues depuis le début du siècle.
    Cet empire, même s'il a été despotique, a permis aux populations des communautés les plus variées, de vivre ensemble, pendant des siècles. Car l'Etat de l'Empire n'imposait pas une religion d'Etat.
    Le califat (succession à Mahomet) va demeurer en Turquie. " Les Jeunes Turcs " nationalistes y sont responsables du génocide arménien. Puis Ataturk chassera ces derniers et fondera la République de Turquie en 1922. Il mettra fin au califat et fera proclamer le principe de laïcité de l'Etat dans un pays à dominante musulmane. Cette décision aurait pu ouvrir la voie à des républiques laïques dans tout le moyen orient.

    On aurait pu imaginer que ceux qui proclamaient haut et fort qu'ils étaient porteurs des droits de l'homme et du siècle des Lumières se réjouiraient de voir que l'idée laïque n'était pas contradictoire avec l'islam au Moyen Orient ! Point du tout ! Ils n'auront de cesse de tout faire pour que d'éventuelles républiques laïques soient impossibles au Moyen Orient, en apportant, entre autres, tout leur soutien au confessionnalisme.
    Le partage d'influence entre l'est et l'ouest, et très concrètement le partage du pétrole, exigeaient en effet des pays divisés entre eux, corrompus et despotiques, dans cette région du monde, sous couvert de la religion, et d'un droit, non pas universel mais lié à la religion.

    La Grande Bretagne se porte à l'avant-garde de cette lutte, très tôt, après la défaite allemande, en empêchant par tous les moyens l'unité des arabes, le pan arabisme, (épisode rocambolesque du " héros " Laurence d'Arabie).

    Déjà le " Mont Liban ", province autonome dans l'Empire Ottoman, sur demande occidentale (surtout française), s'était vu mettre à sa tête un gouverneur chrétien envoyé par l'empire (1860-1914).. On pourrait voir là les embryons d'un Etat Chrétien, dont l'idée ressurgira en 1982 dans la tête des…….sionistes.
    La suite est logique, la Syrie, le Liban, la Jordanie et la Palestine constituaient jadis un seul pays. Celui-ci est morcelé. Ces régions, le Liban et la Syrie deviennent deux protectorats français en 1920. La Palestine et la Jordanie sont sous contrôle anglais avec l'Irak. L'objectif de ces protectorats est non seulement de pratiquer la division, mais la faire accepter, et la faire revendiquer ! L'expérience acquise par la Grande Bretagne, au 19ème siècle, en Amérique du Sud (diviser les pays entre eux et leur imposer le libre échange) va servir au Moyen Orient, comme elle a servi en Afrique à la Conférence de Berlin en 1878.
    La constitution libanaise de 1925 entérinera un système politique confessionnel avec l'aval de toute la communauté internationale ! Ceci constitue une régression par rapport à la façon dont fonctionnait l'empire Ottoman dans ses dernières années (3). Avec les protectorats occidentaux français et anglais, l'idée que la loi soit la même pour tous est anéantie. La source du droit sera défini par les religions !

    Les britanniques fonderont entre temps une royauté en Irak en 1921…

    L'Arabie, fondée en 1932 par la réunion de plusieurs provinces, se donne, sous l'œil bienveillant de la communauté internationale, une royauté de monarchie absolue sur la base du Coran et de la Sunna. L'islam est proclamé religion d'Etat..

    La création du parti Baas en Syrie, puis en Irak, au début des années 40, comme parti socialiste pan arabe et laïc, dans une vision non marxiste, par le chrétien orthodoxe syrien Michel Aflac, le sunnite Salah al-Din al-Bitar, et l'alaouite Zaki al Arzouzi, ne parviendra pas à ses objectifs, après vingt ans de lutte, et sera finalement circonscrit par des tendances prosoviétiques ou nationalistes étroites en contradiction avec le panarabisme désiré par les militants précédents. Le Baas sera militarisé au profit de dictateurs en Syrie, en Irak.
    Michel Aflak disait, en accord avec ses amis musulmans, que seul un Etat laïc permettrait de regrouper toutes les composantes d'une nation arabe très divisée sur le plan confessionnel (4). C'est exactement la position qui sera celle des rédacteurs de la Charte de l'OLP, écrite en 1968, sur laquelle s'acharneront les puissances occidentales et Israël bien entendu.

    Cette parenthèse faite, rappelons que l'indépendance du Liban en 1947 préservera et renforcera le confessionnalisme.

    Dans le même temps et surtout, les anglais élaborent " la théorie des deux Etats " à partir de l'Inde, qui est le meilleur soutien pour des Etats religieux constitués et à venir. Dès que la Grande Bretagne a la certitude que cette colonie est perdue, elle confie à deux personnages, Radcliffe, et Lord Mounbatten, le soin de mettre au point la " théorie des deux Etats " au mépris de la réalité historique.


    B)LA " THEORIE DES DEUX ETATS ".

    Cette théorie a vu le jour en Inde en vue de promouvoir la partition de l'Inde en deux Etats lors de son indépendance.

    On peut la résumer ainsi de notre point de vue:

    -Les communautés religieuses deviennent des communautés ethniques.. ( les sionistes du 19ème siècle sont les inspirateurs de cette assimilation).

    -D'où, les hindous ne peuvent vivre avec les musulmans (alors qu'ils vivent ensemble depuis des siècles !), ou les chrétiens ne peuvent vivre avec les musulmans, ou les juifs avec les musulmans....et inversement.

    -Une communauté ethnico religieuse a droit à un Etat !!!! (au mépris de l'idée de l'Etat de nation du peuple tout entier) : Il convient donc de séparer ces communautés

    -Il faut le faire accomplir par l'institution qui prétend agir internationalement pour les droits de l'homme et les droits des peuples, la SDN, puis l'ONU.

    -Il convient en attendant de soutenir que chaque communauté ait son droit propre, pour dénier toute capacité à agir, à un Etat d'une éventuelle République : c'est l'institutionnalisation du communautarisme.

    -Il faut par conséquent organiser le "droit international" sur ces bases, en un droit non contestable, avec une apparence démocratique (les adeptes à cette théorie seront entre autres les communistes et les socialistes)

    La première application de cette théorie eût lieu en 1947 en Inde en vue de créer le Pakistan au prix d'un million de morts et 8 millions de déplacés. Pour ce faire, la Grande Bretagne aida à la création d'un parti soutenant cette idée: La Ligue Musulmane crée en 1940 (sans doutes le parti qui prêta main forte à l'assassinat de Gandhi), contre le Jamaat-i-islami, parti musulman contre la partition, crée en 1941. Puis la Grande Bretagne corrompit une partie du Parti du Congrès dans la perspective de la partition.
    C'est ainsi que la partition de l'Inde donna lieu à la création du Pakistan en 1947, comme Etat musulman (et dominion britannique), où l'islam est religion d'Etat, et où le qualificatif de musulman s'apparente à une ethnie religieuse !


    La seconde application eût lieu en Palestine en 1948, sur les mêmes principes, avec des centaines de milliers de morts depuis plus de 60 ans.

    De plus l'impérialisme n'aura de cesse de corrompre et de faire capituler l'OLP. Elle y parviendra en 1982.
    La communauté occidentale (principalement la Grande Bretagne et les USA) crée ainsi en
    1948 l'Etat d'Israël, enfanté en son sein, qui a la prétention d'être un Etat juif, sur des bases religieuses pour les uns, et " ethniques " pour les autres, rejoignant par là l'idée sioniste du 19ème siècle, selon laquelle les juifs sont une ethnie, idée reprise par les nazis.

    C'est donc bien l'Occident de culture chrétienne qui crée et défend ces incongruités de la prééminence du religieux dans la constitution d'Etats nécessairement despotiques vis-à-vis de leurs minorités.

    Nos " humanistes " occidentaux ont fait valoir, pour justifier le principe de la partition de l'Inde, des risques d'extermination des musulmans ou des hindous, et pour Israël le motif de la Shoah..
    L'URSS, entre autres, et ce n'est peut-être pas un hasard, s'est précipité pour reconnaître Israël.
    Les intellectuels occidentaux, dans leur immense majorité, se sont fait les portes- paroles et les défenseurs de ces étonnantes créations, et les portes paroles de la théorie des deux Etats.

    Nous portons donc la responsabilité, en tant que civilisation judéo chrétienne, que nous soyons athées ou non, de la reconstitution de l'Etat religieux, nouvelle manière, c'est-à-dire dans sa nouvelle connotation ethnique. Nous avons d'ailleurs traité le problème yougoslave, récemment, sur la base de : une religion=une ethnie=un Etat, en dévoyant ainsi le contenu de l'idée de nation.

    Concernant Israël, son gouvernement ne considèrera jamais les arabes, demeurés sur place, autrement que comme des parias, des citoyens de seconde zone, ayant des droits inférieurs. Il n'y a pas en Israël d'égalité devant la loi pour tous les citoyens. La démocratie n'existe qu'entre les juifs. C'est la restauration de l'idée de la démocratie athénienne des " propriétaires " contre leurs esclaves.


    C)LA NAISSANCE DES ETATS TOTALITAIRES NON RELIGIEUX AU 20ème siècle


    Parallèlement, le vingtième siècle occidental invente de nouveaux Etats totalitaires parmi les plus terribles que l'humanité ait connus.

    -a)D'une part, sous couvert de socialisme, des Etats d'un nouveau genre se constituent, avec un parti unique, des camps de travail qui seront majoritairement des camps d'extermination (18 millions de morts dans les goulags dit l'historienne Anne Applebaum), avec pour objectif non dissimulé de faire du capitalisme d'Etat. Ainsi, l'Etat soviétique de parti unique se constitue en octobre 1917 en Russie, en se parant de la grande " révolution " d'octobre, qui sème les plus grands espoirs et d'immenses illusions, pendant 60 ans. L'enfer des goulags, des famines et exécutions sommaires n'est plus à démontrer, même si l'URSS a éliminé l'analphabétisme et combattu le nazisme, après s'être allié avec lui.

    Idem pour l'Etat communiste chinois, et les satellites de l'URSS..

    La soi-disant propriété ouvrière, incarnée par l'Etat, est en réalité propriété des apparatchiks. Cela est tellement vrai, qu'à la chute de l'Empire soviétique, les apparatchiks se retrouvent propriétaires des usines du pays …


    -b)D'autre part, l'Etat nazi, sur la base d'une autre idéologie, et avec un parti unique, fait du capitalisme d'Etat pour sauver l'Allemagne de la débâcle économique en 1933. Il liquide ses adversaires réels et supposés, les juifs, dans des camps d'extermination (6 millions de morts). Les chambres à gaz constituent l'innovation majeure par rapport aux camps du monde communiste.
    Les Etats fascistes du Portugal (1933), d'Espagne en 1939, puis tant d'autres ensuite vont se constituer sur le même modèle, dans le " monde libre ", sous l'aile bienveillante des USA..

    D)LA FUSION DES DIVERS MODELES D'ETATS DESPOTIQUES AU 20ème SIECLE

    En conclusion de ce qui précède, nous remarquons que les Etats religieux et les Etats totalitaires, analysés précédemment, vont très souvent fusionner autour de points forts qui sont :

    -L'idéologie d'Etat, qu'elle soit religieuse, communiste ou nazie/fasciste, devient une réalité du vingtième siècle. La construction d'une idéologie qui, non seulement tienne la route, mais emporte l'adhésion d'une partie de l'intelligentsia cultivée (les idéologies communiste et khomeyniste sont très élaborées) constitue le ciment nécessaire pour que le système dure, à l'aide certes d'une bonne dose de corruption et de répression. Seules les idéologies fascistes ne parviennent à emporter l'adhésion que par la seule corruption et répression.

    -Pour ce faire, le parti unique est indispensable. D'origine soviétique, le parti unique va inspirer tous les types d'Etats au 20ème siècle. L'empire ottoman avait à sa tête un Calife, mais il ne fonctionnait ni avec une religion d'Etat, ni avec un parti unique qui aurait eu la maîtrise des masses par une idéologie totalisante appliquée par un parti/Etat. C'est pourquoi il a pu exister pendant plusieurs siècles.
    De ce point de vue, les fonctionnements internes de l'Etat iranien et de l'ex Etat soviétique, sont extraordinairement semblables.

    -La nécessité d'un encadrement de masse, d'une répression de masse, voire d'un système d'extermination des dissidents, est également indispensable : encadrement et contenu de l'enseignement, mœurs et habillement éventuel imposé, règles juridiques à l'usage de la dictature, police politique, prisons ad hoc (voire secrètes), camps de redressement….. etc. Ici encore l'Iran semble avoir fortement assimilé le modèle soviétique.

    Les derniers évènements de décembre 2009 et janvier 2010 en Iran montrent à quel point les dits militants révolutionnaires, les gardiens de la révolution, comme les cadres du parti PCUS en URSS, utilisent le vocabulaire "révolutionnaire" (auquel ils ne croient plus depuis longtemps) pour réprimer violemment, dans le seul but de se conserver au pouvoir et de garder tous leurs privilèges. Ces privilèges en Iran sont énormes puisque les pasdarans, les gardiens de la révolution, sont des cadres de l'économie, des investisseurs, de gros propriétaires d'usines. Leur rôle leur permet d'être des assassins légaux.

    Ce modèle d'Etat va inspirer très largement toutes les tentatives d'Etats despotiques dans la 2ème moitié du 20ème siècle, la religion devenant une aubaine quand le communisme ne fait plus recette, après que les partis communistes du Moyen Orient disparaissent ou se réduisent à une peau de chagrin, " grâce " à la guerre abominable que l'URSS fera en Afghanistan de 1979 à 1989. Les Etats dits islamiques deviennent des théocratie sans Dieu, et des régimes militaires.
    Cela est tout à fait typique en Afrique par exemple (Soudan, Mauritanie, Nigeria…) et en Iran. Les Etats islamiques fondés sur la charia, le droit issu du Coran, mais complètement tordu et à géométrie très variable selon les Etats, sont autant d'Etats qui auraient pu être communistes dans les années 1950-1960, et qui n'ont plus l'opportunité de l'être….L'utilisation dans ces pays d'une dite lutte idéologique contre l'injustice, contre l'impérialisme, pour la défense de la Palestine, y est évidemment omniprésente pour souder et contenir les masses.
    En conclusion de ce qui précède, l'islam n'est pas en soi porteur du despotisme. Par contre, les Etats despotiques en quête d'idéologie, vont en faire leur porte parole idéologique, sous une forme qui leur est adéquate, confortant ainsi le point de vue simpliste occidental. Cela est d'autant plus facile que les occidentaux ne lisent pas le Coran.
    Et comme s'il fallait en rajouter, l'intégrisme musulman vient au secours de l'idéologie dominante occidentale.

     

    III)L'EXTINCTION QUASI DEFINITIVE DE LA PERSPECTIVE DE L'ETAT LAÏC AU MOYEN ORIENT

    Les gouvernements occidentaux mettront 20 ans à défaire l'OLP en lui faisant renoncer à sa charte, sous couvert de sa soi-disant volonté de " jeter les juifs à la mer " (version sioniste), alors qu'en réalité ce qui est visé est sa perspective d'un seul Etat laïc de la Palestine !

    Le 15 novembre 1988, l'OLP accepte à Alger, sous la pression de la communauté internationale les résolutions du conseil de sécurité de l'ONU (n° 242 et 338) qui implicitement l'obligent à reconnaître Israël. Tandis que le 2 mai 1989, Arafat chef de l'OLP déclare la Charte de l'OLP caduque (comme il avait amorcé de le faire en 1982), c'est-à-dire ouvre la voie à la collaboration avec Israël et au désastre en Palestine, en renonçant de fait au " droit au retour ", à un unique Etat laïc de la Palestine, et en acceptant indirectement le principe d'un Etat religieux juif en Palestine, ce qui n'exclut donc pas potentiellement, mais ce qui l'induit, en retour, la perspective d'un Etat palestinien islamique…. Or les qualificatifs les plus acerbes sont réservés à cette perspective de la part de l'Occident, dont la responsabilité n'incomberait qu'aux musulmans, et plus aprticulièrement au Hamas !!! On se demande au nom de quel droit ce jugement est porté ??? Puisque c'est la conséquence de l'abandon de la Charte !!!
    Ce sera ensuite le mur, les colonies, l'enfermement à Gaza, la prééminence évidente et obligée du Hamas, comme étant le seul mouvement qui ne collabore pas avec les sionistes.

    Cette réalité est notre fait, et tout le reste en découle. L'ensemble machiavélique que nous avons habillé " d'islamisme ", c'est nous qui l'avons produit.

    Le reste a suivi. Les Etats arabes, les Républiques islamiques du Pakistan, de l'Iran, de la Mauritanie, du Soudan, les Etats musulmans de l'Algérie, de l'Egypte par exemple...., et l'Etat d'Israël, ont prêté main forte à cette entreprise de dévoiement en pérennisant l'Etat religieux/ ethnique, ou bien l'islam comme religion d'Etat

    C'est ainsi, par exemple, que l'Iran par la voix de Khomeyni, en 1989, a appelé à l'assassinat d'un écrivain Salman Rushdie, au motif d'une moquerie de quelques versets du Coran. Les Etats du Pakistan et de l'Iran ont utilisé de cette façon la misère du peuple en canalisant la colère de ce dernier dans la recherche d'un bouc émissaire (méthode des pogroms bien connue).
    De cette façon, ils ont contribué à produire la coïncidence désirée, entre l'islam, et le fourre tout qui précède.

    Pour en finir, s'il faut considérer que l'islamiste peut devenir un résistant, un partisan dans des circonstances de guerre, d'occupation ou de confiscation de ses terres, de dévastation de son pays…, l'islamisme peut devenir la " théorie révolutionnaire " dont il a besoin pour combattre, à défaut de théorie politique.


    IV)LES DITS " ISLAMISTES " SONT EN FAIT DES NATIONALISTES.

    Les " islamistes ", qualifiés ainsi, sont en réalité des nationalistes résistants qui sont en guerre contre les occupants de leur pays, dont la variété des opinions politiques s'exprime en termes religieux. Ils utilisent toute la panoplie des moyens employés jadis par les résistants occidentaux contre les nazis ; on peut les comparer encore à tous les résistants anticolonialistes de l'Algérie, du Vietnam et d'ailleurs. Leurs méthodes sont les mêmes, elles sont terribles, c'est pourquoi ils sont prêts à en mourir.
    Ces mouvements de résistance sont identifiés, on sait où ils agissent et pourquoi.
    Par contre Al Qaïda, organisation sur laquelle le Monde s'est targué de faire une grande enquête, est sans cause nationaliste, et correspond exactement à l'imaginaire américain et d'extrême droite en termes d'objectifs : en finir avec l'Occident et établir un califat universel sur le monde !
    Ces résistants utilisent leur foi en l'islam comme discours révolutionnaire, comme nous l'avons indiqué, et y puisent leurs règles de lutte, de discipline, d'objectifs. Ces règles sont le résultat d'interprétations de l'islam très diversifiées. De l'afghan Massoud, aux talibans, à Khomeiny, au Hezbollah, au Hamas, en passant par toute la panoplie des divergences de vue en Irak, il y a souvent peu de choses à voir entre eux. C'est l'âpreté des combats, la dure réalité, la qualité des hommes (chefs de guerre traditionnels, chefs de clans, religieux ou politiques) qui font cette diversité, que l'on qualifie d'un bloc par " intégrisme ". Et ce ne sont pas les divergences religieuses entre sunnites et chiites qui nous donnent une clef d'explication puisque le Hezbollah est chiite et le Hamas sunnite, alors qu'ils sont très proches politiquement. Ce qui les caractérise tous, c'est leur anti-impérialisme objectif, et leur critique de l'Occident guerrier et dominateur.

    Ces résistants nationalistes, dont la cause originelle était " l'indépendance nationale " depuis leur émergence, c'est-à-dire depuis le dépeçage de l'Empire Ottoman dès 1920, n'ont jamais été marxistes, même s'ils ont flirté avec le marxisme et l'URSS. Le fossé entre leurs exigences et le marxisme n'a cessé de s'élargir, et certains l'ont théorisé plus que d'autres, comme le Hezbollah actuel. Du fait de ce qui précède, les laïcs ont quasiment disparu parmi eux.
    Si l'islam a toujours été la " langue " dans laquelle les nationalistes arabes par exemple ont exprimé leur volonté d'indépendance politique et culturelle, et le retour à une nation arabe après quatre siècles sous le joug de la Turquie, ces derniers n'en ont pas moins éprouvé un immense espoir face à la révolution russe, laquelle a naturellement abouti à la création de nombreux partis communistes au Moyen Orient et en Orient. Et ils se sont tournés vers l'URSS lorsque celle-ci a rendu publics les accords Sykes Picot, auquel le régime tsariste avait été mêlé. Mais il est intéressant d'analyser brièvement les causes de cette prise de distance puis d'antipathie, puis de haine à partir de la guerre de l'URSS contre l'Afghanistan en 1979. Ces causes ne tiennent ni à la question de l'athéisme, ni à celle de la laïcité, comme une vision superficielle aurait pu le faire croire.
    Le monde communiste naissant, s'il reconnaît le caractère révolutionnaire de la lutte pour l'indépendance nationale contre l'impérialisme (4ème congrès de l'IC), ne creuse pas la question, car il fait de cette indépendance l'entrée en matière ou la transition vers le communisme, et le rattachement nécessaire à la dite démocratie des soviets en URSS.
    Il ne se donne pas la peine de comprendre le désir du panarabisme et d'en discuter. Mais surtout, il vide rapidement de son contenu le mot d'ordre du " droit des peuples à disposer d'eux-mêmes " qui avait fait sa fortune en 1917. De ce fait, les droits spécifiques des peuples ou des minorités (langues, cultures, coutumes, croyances, religions, rites…), le droit de pratiquer sa religion, le droit à la paysannerie de s'organiser comme elle l'entend, ne seront pas pris en compte et reconnus. Le droit de répartition des terres par la collectivité paysanne est par exemple jugé par l'Internationale Communiste, lors de ses tous premiers congrès, comme étant transitoire et petit bourgeois. De plus le rôle premier donné au prolétariat, dans des pays à l'immense majorité paysanne, et où l'on trouve de nombreuses tribus nomades, paraît totalement incongru aux peuples du Moyen Orient et de l'Orient.
    En septembre 1920, au Congrès des Peuples d'orient, le délégué Narboutabekov, du Turkestan, met en garde les communistes. En substance il dit : Nous croyons toujours au mot d'ordre que vous avez avancé " le droit des peuples à se gouverner eux-mêmes " et nous y tenons…..Nous avons des spécificités que vous devez reconnaître…Nous soutenons totalement les chefs de la révolution soviétique, mais nous ne les avons pas vus dans nos pays (proches de l'Asie) pour voir avec nous quelle est la situation… nous n'acceptons pas qu'on nous accuse d'être des nationalistes (dans un sens bourgeois)…. Nous nous rangeons derrière vous, mais nous voulons que vous reconnaissiez nos spécificités… .
    Les communistes russes n'entendront pas. Aucun autre congrès de ces peuples ne suivra.
    Se sentant vite menacés par les gouvernements occidentaux, les communistes n'ouvrent pas largement les alliances possibles entre les peuples, ne comprennent pas les besoins des peuples colonisés et ne font pas confiance aux initiatives des masses ; ils vont ramener toutes les politiques à la seule défense de l'URSS, ce qui va être éprouvé comme un nationalisme soviétique exclusif de tout autre, et dominateur.
    Dans les années 1930, Michel Aflak qui a vingt ans, et qui anime des mouvements étudiants, place au centre de toutes les priorités la question nationale, et même s'il se dit socialiste avec ses amis, refuse les ordres venus de Moscou, et s'éloigne de l'URSS en disant que les nationalistes ne se soumettront pas à une nouvelle domination.
    Donc très tôt le nationalisme arabe, au sens d'une nation arabe culturelle libre, ne trouva à conforter sa théorie unificatrice et humaniste, que dans l'islam.
    Rappelons que le syrien Aflac commençait également à jeter les bases d'un parti laïc unique pour tous les pays arabes qui réaliserait cette nation :le Baas.
    La lutte du parti Baas, qui s'est subdivisé, a été un échec du fait du morcellement du Moyen Orient en Etats Nations indépendants, solidement constitués par les occidentaux soutenus par les bourgeoisies locales de ces pays...
    Puis le nationalisme arabe a été exacerbé par la création de l'Etat d'Israël, les guerres de cet Etat contre ses voisins, le ghetto dans lequel vivaient les palestiniens, la fuite de ceux-ci dans les divers pays alentours, l'intervention anglaise puis américaine en Iran en 1953 contre Mossadegh qui avait osé nationaliser le pétrole en 1951 (contre la volonté de la société pétrolière "Anglo-iranian "), les guerres en Afghanistan dès 79 et en Irak dès 91…..
    Les méfaits spécifiques du soviétisme par l'intervention en Afghanistan a contribué à balayer toute analyse de la réalité en termes marxistes. Elle a contribué à chasser les laïcs, des mouvements de libération nationale, avec l'aide de la politique occidentale : L'abandon de la Charte de l'OLP signait la quasi disparition des partis laïcs. C'est donc une profonde erreur d'analyse d'en tirer la conclusion qu'il y a antagonisme originel entre islam et laïcité (5). De ce fait, la lutte armée nationaliste actuelle au Moyen Orient est différente des luttes armées que nous avons connues au moment des guerres d'indépendance, en ceci qu'elles veulent tout ignorer du marxisme, ne trouvant leur force que dans l'islam.

    CONCLUSION.

    Face à cela, que faire ? Il nous faut revenir à des analyses de la réalité les plus fines possibles, et réaffirmer un certain nombre de principes
    Il nous paraît urgent de récuser par principe tout Etat religieux quel qu'il soit, juif, musulman, islamique, chrétien..
    De récuser par principe tout Etat qui se voudrait pur ethniquement.
    De récuser de même tout Etat de parti unique et à idéologie d'Etat, quel qu'il soit. Ce sont des Etats despotiques dans leur principe même.
    Il nous paraît urgent de récuser le communautarisme qui renvoie les populations au droit de leur communauté, écarte un droit étatique qui soit le même pour tous, réfute l'égalité de tous les citoyens devant la loi.
    Il nous paraît urgent de récuser la démocratie représentative telle qu'elle fonctionne en Occident (y compris Israël), démocratie sans aucun contrôle (théorie du refus du mandat impératif pour les députés), paravent du pouvoir sans partage des possédants parasites, colonisateurs et banquiers, corrompus, prédateurs et fabricants d'armes….
    Nous devrions affirmer à nouveau le droit pour chacun de pratiquer la religion qu'il veut à titre privé, et de s'habiller en conséquence comme il l'entend.
    Nous devrions affirmer que nous sommes pour des Etats pluri ethniques, pluri culturels, laïcs, démocratiques dont les parlements seraient doublés d'instances de contrôle populaire légal, à la base, pour prévenir, corriger, les dérives, les corruptions, les inégalités… Nous devrions affirmer, parce que cela va de pair, que nous sommes pour la restauration de l'agriculture et de l'artisanat traditionnel et leur protection ; que nous sommes pour une école universelle, pluri culturelle, humaniste, sous contrôle des peuples, et non pas de leur aristocratie ; que nous sommes pour la liberté d'expression la plus totale, même de celle qui nous déplait, dans le but de ne jamais rien exclure de toute discussion.

    Notes :
    (1)Le Larousse en plusieurs volumes de 1962 dit que la pratique de la religion l'islam se nomme islamisme. Le Larousse de 1972 dit que l'islamisme est la doctrine de l'islam.
    (2)Nous proposons par ailleurs une note de synthèse sur la Somalie : www.marx21siecle.com
    .(3)En effet en 1839, des réformes (Tanzimät) (appliquées réellement à partir de 1861), imposaient que tous les sujets de l'Empire soient égaux, sans distinction de religion ou de nationalité, et que la loi soit la même pour tous (impôts, service militaire, enseignement, justice, services publics). Certes l'Empire était traversé de crises ; certes les diverses nationalités y gardaient leurs droits coutumiers.
    (4)Michel Aflac, qui a eu de multiples responsabilités politiques, mais a été pourchassé par le colonisateur puis par les dictatures, a fini ses jours en Irak. Ses écrits nombreux n'ont pas été traduits en français, mais seulement un peu en anglais. Les traducteurs pour wikipedia le citent. Cette absence de traduction n'est pas l'effet du hasard
    (5) On peut citer le point de vue de Sadik Jalal Al-Azm qui explique que " pour l'orientalisme occidental, il y a quelque chose dans la religion musulmane qui la distingue de toutes les autres religions, à savoir son animosité fondamentale à l'égard de la laïcité et son incapacité à l'admettre sous quelque forme que ce soit " (p 68 et s de " Ces interdits qui nous hantent ". Edit Parenthèses 2008). Et il reprend le point de vue critique d'Edward Saïd.
    Puis il explique que la religion musulmane ne diffère pas sur cette question des autres grandes religions et qu'elle a su s'adapter dans l'histoire à une réalité historique changeante, exactement comme les autres religions. Autrement dit, dit-il, ce sont les musulmans, ou les pseudo musulmans, qui se réclament eux-mêmes de " l'islamisme " qui font de " l'orientalisme à l'envers ", en fournissant à l'Occident les éléments nécessaires pour justifier sa thèse…

    Signalons des articles sur la guerre soviétique en Afghanistan, et sur la Palestine dans www.marx21siecle.com.