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    La Monnaie chez Marx

    LA MONNAIE ET SA VALEUR

     

    Le problème de la monnaie est le problème le plus difficile en général.

    La lecture n'en est pas aisée chez Marx. Elle demande une très bonne compréhension de la théorie de la valeur-travail et un abandon de tous les préjugés qui nous envahissent à notre insu. En quoi Marx peut nous apporter quelque chose à ce niveau là ?

     

    La monnaie comme le marché ne sont pas une spécificité capitaliste, contrairement à ce qu'en avaient dit Lénine et les bolchéviks. Vouloir les supprimer, comme lors de l'économie de guerre entre 1918 et 1920, c'est instaurer la dictature. Les citoyens doivent pouvoir échanger ce qu'ils veulent sans contrôle avec une monnaie d'échange, sauf si certains pratiquent des escroqueries manifestes. On ne peut rêver à une société sans marché et sans monnaie d'échange, à moins d'envisager la vie citoyenne sous contrôle policier permanent.

     

    Mais la monnaie dans le système capitaliste, et dans toute société marchande pré-capitaliste, a bien plus qu'une fonction d'échange : elle est une réserve de valeur et elle véhicule de ce fait du capital ; par conséquent, elle peut nuire très gravement à toute la société. En effet l a monnaie d'une économie marchande, parce qu'elle a une valeur, a la particularité de permettre l'inflation dans certaines conditions qu'il est intéressant d'examiner. Et c'est l'Etat qui précipite l'inflation, autre remarque importante.

    Si on ne veut pas qu'elle produise de l'inflation , il est nécessaire de pratiquer des politiques sociales régressives ou de n'en faire aucune. La monnaie, dont le rôle ne se limite pas à l'échange, dans une économie marchande, est le véritable gendarme de la société au service du capital. L'inflation est son corollaire obligé si l'Etat se donne pour objectif des buts de justice sociale . De ce point de vue, le libéralisme économique du 19 ème siècle, et le libéralisme actuel, préconisent les seules politiques adéquates contre l'inflation, et celles-ci sont les seules que le capitalisme peut tolérer pour que le capital ne se dévalorise pas . Plus encore, le capitalisme s'attache les grandes masses populaires dans sa lutte contre l'inflation tellement celle-ci est redoutable, mais la rigueur sociale en est la contrepartie nécessaire. Ceci condamne les politiques réformistes à l'échec, à moyen terme, dans la mesure où elles veulent cohabiter avec le capital. Ceci ne condamne pas les politiques réformistes qui viseraient à marginaliser le capital jusqu'à sa disparition, mais s'agirait-il alors de politiques réformistes ?

    Nous avons indiqué ici un véritable dilemme. Nous le vivons actuellement. Il est donc intéressant sur le plan théorique de comprendre ses bases.

     

    Il est donc permis d'envisager une société non capitaliste, non marchande, sans inflation. Car l'inflation est une façon de mettre à genoux un peuple. N'oublions pas que le fascisme a suivi de quelques années l'immense inflation allemande de 1923.

    Mais il n'est pas permis, sur le plan théorique et réel, d'envisager une société capitaliste non inflationniste et juste sur le plan social. C'est pourquoi l'économiste autrichien Hayek est sans doute, du point de vue capitaliste, le plus grand théoricien, lorsqu'il disait que la justice sociale était un concept qui n'avait rien à faire avec l'économie capitaliste. Ce faisant, nous réfutons totalement les illusions keynésiennes, même si elles partaient des meilleurs sentiments.

     

    Peut-on imaginer une société non marchande aujourd'hui ? «  Non marchande » ne veut pas dire sans marché et sans monnaie, encore une fois. Sans doute ce qualificatif est inapproprié. Marx emploie le qualificatif « marchande » pour parler d'une société qui fait fructifier du capital. Mais dans une société marchande, il peut y avoir de vastes secteurs non marchands.

    Peut-on revenir à une société non marchande, sans revenir à l'âge de pierre comme disent nos détracteurs ? Bien sûr. Si le capital n'a plus cours, si la production se fait pour les seuls besoins humains et non pour la rentabilité, si les citoyens contrôlent eux-mêmes cette production et les techniques, si l'exploitation est majoritairement bannie, si les Bourses de valeur tombent en désuétude car n'ayant plus d'objet.

    Les argentins, s'étant fait confisquer leurs avoirs en pesos, monnaie capitaliste, en décembre 2001, ont créé d'autres monnaies qui n'ont eu qu'un rôle d'échange, de paiement, de rémunération d'un service. Ces monnaies ne peuvent véhiculer du capital, n'ont pas vocation à faire du commerce international dans le cadre des règles capitalistes, ne peuvent rémunérer des actions ou des obligations… C'est une expérience sur laquelle personne ne médite et ne donne d'information. Certes toute la vie fut désorganisée, du fait par exemple que dans la question du ravitaillement, il y a peu de paysans…mais essentiellement des grands propriétaires. Il y a comme un brûlot derrière cette situation sur laquelle on ne dit rien.

    Disons également ici que, lors de l'inflation en Indonésie, qui a suivi la crise financière de 97-98, de nombreuses régions de cet immense pays (en particulier les îles) n'ont pas connu cette inflation, en pratiquant le troc et en utilisant des monnaies locales d'échange. Les paysans et les pêcheurs des îles ne parvenaient même pas à comprendre ce qu'était l'inflation, même lorsque le phénomène était expliqué à la télévision (oui ils avaient des télévisions… ! Ce n'était pas l'âge de pierre)

    La question de savoir comment peut fonctionner une monnaie d'échange dans une économie non marchande est de la plus haute importance , et nécessite que l'on sache bien comment la société capitaliste fonctionne. Ce n'est pas qu'un problème technique, c'est un problème politique.

     

    Il y a chez Marx, à propos de la monnaie des analyses d'une richesse théorique presque totalement inexploitée.

    Les principaux textes de Marx sont les suivants au livre I : Misère de la philosophie , p 51 à 61 ; Critique de l'économie politique , chapitre II, p 317 à 419 sq ; Le capital , chapitre II et III. Au livre II : Le Capital , chapitre XVI le Crédit, chapitre XVII l'Accumulation du capital monétaire, chapitre XVIII Circulation , Crédit et Change. C'est de l'ensemble de ces importants textes que tout ce qui suit a été construit.

     

    Pour tout compliquer, chez les idéologues bourgeois, il est de bon ton de dire, et ça n'est pas un hasard, particulièrement depuis Keynes, que la monnaie est réputée sans valeur, du fait qu'elle n'est plus apparemment représentée par un métal mais par du papier . La monnaie ne serait, à l'intérieur du capitalisme, qu'un simple moyen d'échange, et un moyen de reconnaissance des dettes. Cette affirmation constitue une négation de ce qu'est le capitalisme, ce qui permet aux économistes de parler de l'économie en général mais jamais du capitalisme . La fonction des économistes du système capitaliste semble claire : affirmer que le véhicule du capital est sans valeur a priori ; afin que se trouve niée sa spécificité.

     

    Egalement les économistes réfutent toute possibilité d'une théorie monétaire des prix, qui supplanterait la théorie de l'offre et de la demande sur un marché. C'est toujours la même démarche : rien n'a de valeur a priori. Il ne se passerait rien avant que le marché n'intervienne.

     

    Par opposition, chez Marx, le prix est le rapport de valeur entre des marchandises et la monnaie . Et cette valeur se constitue avant le marché. Cette vision est totalement laissée de côté par la théorie économique dominante, quelle qu'elle soit. Cette idéologie dominante n'a plus, après Marx, de théorie objective de la valeur . Les apports de Smith et Ricardo sont totalement abandonnés. Le prix est réputé indifférent à la valeur de la marchandise et indifférent à la valeur de la monnaie . Seul le marché va faire le prix. Le mot « valeur » tel que l'avaient défini les classiques anglais et Marx n'a plus de sens spécifique, c'est à dire un temps de travail.

    De plus, pourquoi chaque monnaie donne-t-elle des prix différents, et pourquoi toute nation avait-elle jusqu'ici sa propre monnaie ? ? Questions capitales. La théorie dominante ne répond pas à cette question. Il est évident à ce niveau que la valeur de la monnaie intervient bien dans les prix.

     

    Mais qu'est-ce donc d'abord que la monnaie  ?

     

     

    Toutes les sociétés humaines se sont données des monnaies, plusieurs monnaies par régions et par pays.

    La monnaie se présente historiquement comme un symbole de l'équivalent valeur des produits qui sont habituellement échangés. Marx a supposé que les sociétés les plus anciennes s'échangeaient empiriquement les produits grosso modo à la valeur en temps de travail. Toute une série d'économistes se sont moqués de ce point de vue en expliquant que les sociétés traditionnelles n'avaient aucun des critères rationnels de l'Occident d'aujourd'hui pour échanger. Cela est bien évident mais c'est mal comprendre Marx. Celui-ci fait l'hypothèse que, de façon tout à fait intuitive, les hommes des sociétés traditionnelles échangeaient selon une certaine équivalence, celle-ci ne pouvant être que le temps de travail. Que des éléments de rites religieux ou autres s'y soient mêlés ne change rien à l'affaire.

    Par commodité et pour faciliter les échanges, les humains se sont donnés une représentation commode de la valeur dans l'échange, soit pour permettre des échanges non équivalents, soit pour différer une partie de ces derniers dans le temps. L'équivalent valeur pouvait être lui-même un produit, facilement cessible (du sel, du grain, du thé), soit il était un pur symbole, par exemple des coquillages en Afrique ou dans des contrées d'Amérique latine, ou du papier. La monnaie, dans l'échange simple, n'a pas fonction à véhiculer un capital, à conserver une richesse , mais à représenter la valeur d'un produit. La richesse était d'ailleurs représentée directement par des biens matériels, ou des savoirs faire (les égyptiens riches se font enterrer avec leurs meubles, leurs bijoux, leurs vaisselles, c'est à dire leurs richesses. De plus celles-ci son sensées répondre à leurs besoins dans leur seconde vie. On ne trouve pas d'égyptiens s'étant fait enterrer avec des pièces d'or). La monnaie n'est donc pas une richesse dans l'échange simple. Il y a une différence fondamentale entre une monnaie équivalent valeur en temps de travail (monnaie d'échange, qui ne représente pas de richesse), et une monnaie qui doit conserver une richesse en capital, et qui devient une richesse en soi (au sens de Marx, c'est une richesse fondée sur l'exploitation du travail) . Dans l'échange simple, nous sommes dans une économie non marchande, toujours au sens de Marx (il existe des marchés mais pas de capital). Dans les grands empires non marchands, ce sont les souverains qui contrôlent les échanges et garantissent la bonne circulation d'une monnaie, symbole de valeur, à laquelle ils donnent une capacité de représentation déterminée. L'autorité du souverain est garante du symbole. Mais ces souverains ne considèrent pas que la monnaie d'échange soit une richesse.

     

    L'apparition des marchands dans le bassin méditerranéen, hors de tout contrôle des Etats, modifie la fonction et le contenu de la monnaie . Celle-ci devient du capital matérialisé dans un poids d'or, d'argent ou d'autres métaux… Les marchands cherchent un métal rare dont ils feront des petites unités, frappées à leur effigie. L'or, l'argent, le bronze, le cuivre, donnent des pièces hiérarchisées, et se multiplient. La monnaie devient un moyen de conserver un capital, et celui-ci a vocation à fructifier car la relation marchand-patron/producteur exploité tend à se généraliser . Naît alors le taux d'intérêt : je te prête de l'argent à condition que tu me donnes à peu près l'équivalent de ce que je gagnerais si je plaçais cet argent dans une production soumise au marchand. La monnaie n'a alors plus seulement une fonction d'échange, mais également une fonction de représentation réelle et de véhicule du capital. On passe dans une économie marchande. Chaque pièce, selon sa valeur intrinsèque (le temps de travail nécessaire à son extraction et sa fabrication, selon Marx) aura d'une part la vocation à représenter telle fraction de marchandise, à travers un prix qui s'exprimera dans le nom d'une monnaie particulière (fonction d'échange), d'autre part la vocation à représenter de la richesse en capital (fonction de conservation et de véhicule du capital). Les monnaies vont proliférer. Les voleurs ne voleront pas que les marchandises mais désormais les monnaies également. Le métier de « changeur » va apparaître et demeurera jusqu'à ce que les royautés européennes unifient les monnaies dans chaque pays et réglementent leur contenu, c'est à dire en poids de métal précieux. Ces changeurs savent ce que chaque pièce de monnaie contient en poids de métal précieux et en poids d'alliages divers, ils jouent un rôle essentiel dans les foires en permettant non seulement l'échange mais l'enrichissement en capital. Les économistes classiques n'ont pas su analyser cette fonction nouvelle de la monnaie (Smith, Ricardo…). Pour eux la monnaie demeure un simple moyen d'échange, et ceci jusqu'à Keynes qui va compliquer la question, en réfutant toute représentation du capital dans la monnaie.

    Plus la production et la circulation des marchandises sont denses en vue de faire fructifier un capital au profit des marchands qui deviennent rapidement des producteurs et des entrepreneurs, plus le capital s'accroît, et plus les pièces en métaux précieux doivent être frappées et engrangées dans des coffres, en attendant de nouvelles affaires. Qu'est ce qui fait décider que tel marchand va faire frapper des pièces d'une plus grande valeur que tel autre marchand qui opère dans une autre sphère ou dans un autre pays ? C'est d'une part l'importance du capital accumulé qui pousse chaque marchand à frapper monnaie et d'autre part l'accès à des sources de métaux précieux. Si cet accès est important, le marchand fera frapper des pièces moins nombreuses et plus denses en métal précieux.

    Ainsi s'explique qu'avant la révolution industrielle, chaque pays a déjà une ou des monnaies métalliques de valeur variable, dont les rois se sont appropriés la frappe en intégrant les marchands au royaume. Les rois trouvaient là des ressources nouvelles en impôts et se permirent alors de « trafiquer » les pièces pour rembourser leurs emprunts aux marchands en monnaie de singe.

    En effet, les rois vont exiger que les marchands leur prêtent de l'argent. Ils vont s'endetter pour éviter des banqueroutes, du fait des guerres et d'un gaspillage effréné. Les marchands feront les frais de ces emprunts. Ce sont les Etats qui vont introduire les premières gigantesques dévalorisations monétaires. Celles-ci ne sont possibles qu'en raison essentiellement de la 2 ème fonction de la monnaie, celle de représenter du capital donc aussi des dettes en capital.

    Il y a deux possibilités de dévalorisation monétaire d'une monnaie de métal précieux :

    1)une dévalorisation décrite par Marx qui tient à la baisse de la valeur en temps de travail du métal (le métal devient plus accessible, les moyens de l'extraire se sont améliorés). Cette dévalorisation est fonction des nouvelles découvertes de mines ou des nouveaux moyens techniques acquis par la société. Cette dévalorisation reste faible .

    2)une dévalorisation volontaire, dont le principe est, pour un souverain, de tenter de rendre moins que ce qui a été emprunté. Les rois, qui ont conquis le pouvoir de frapper les monnaies, font modifier la teneur en métal précieux des pièces. Le roi qui a emprunté 20 livres dont la teneur en or est de 900 pour 1000 par gramme de métal, va rapidement avoir dans l'idée qu'il peut rembourser 20 livres dont la teneur en or ne serait plus que de 500 pour 1000 par exemple…Le roi va donc rembourser 20 livres dont la teneur en métal sera moindre.

    Les marchands vont donc subir une perte sèche et les prix vont instantanément monter, car il faudra presque deux fois plus de métal pour établir l'équivalent valeur en temps de travail (si le temps de travail pour extraire l'or est resté le même pendant ce temps). C'est le marché qui imposera l'équivalence entre les marchandises et la nouvelle valeur en or de la pièce, et entre cette dernière et les autres monnaies or venues de l'extérieur dont la teneur ne sera pas la même.

    Cette explication n'a pas été retenue par l'histoire de la grande dévalorisation monétaire du 16 ème et 17 ème siècle (référence à l'explication quantitativiste de Bodin pour justifier la hausse des prix..). Elle n'a pas été retenue non plus au 19 ème et 20 ème siècle. Cela eû été, au 19 ème , faire honneur à la théorie de la valeur de Marx.

    Ces manipulations détruisent les bons rapports entre les rois et les marchands. Ces derniers vont rêver d'une revanche, la seule possible : renverser les rois, prendre leur place et contrôler les monnaies, les impôts…et imposer des entreprises libres.

     

    A coté de cela, le poids d'or et d'argent du numéraire est très différent selon chaque pays indépendamment des manipulations des monnaies métalliques. Ce n'est ni le fait du hasard, ni le fait de la fantaisie des rois. Cela correspond à la puissance économique d'un pays qui se mesure en capital, et de son accès à des mines d'or, comme nous le disions précédemment. Ainsi l'Angleterre qui a une puissance coloniale considérable, une bourgeoisie marchande de longue date, fort développée, une banque centrale depuis la fin du 17 ème , a une monnaie dont l'unité a plus de 10 fois la valeur de l'unité de la monnaie française à la fin du 18 ème siècle, tandis que le yen japonais aura un poids d'or très faible à la fin du 19 ème siècle . La monnaie métallique, dans une économie marchande, est donc un produit économique de l'histoire, on peut en manipuler le contenu mais aux risques et périls des dominants et des prêteurs. La valeur du numéraire dépend d'éléments précis : son poids est fonction de l'importance du capital accumulé dans le pays, du caractère plus ou moins dominant de ce pays, et de la gratuité ou non de l'accès aux métaux précieux. Aucun travail sérieux, à la fois historique et économique n'a été entrepris de façon systématique sur ces questions dans la perspective de Marx. Ce qui est sûr est que le contenu de la monnaie métallique, spécifique à chaque pays, remplit une fonction particulière, y compris de protection, en engendrant un système des prix unique, comme une sorte de barrière douanière. Les prix vont exprimer non seulement la diversité des numéraires (avec toute leur histoire propre), mais les différences de productivité d'un pays à un autre. Vouloir une monnaie unique entre des pays de richesses en capital forts différentes, ou vouloir assujettir la monnaie d'un pays pauvre à la monnaie d'un pays riche, c'est prétendre gommer d'un trait de plume toutes ces différences, c'est rendre le pays le plus pauvre extrêmement fragile et dépendant vis à vis du pays le plus riche, et c'est ruiner la petite production dont la productivité du travail est plus faible que la grande production du pays riche (L'Inde vis à vis de la GB au 18 et 19 ème  ; cas de l'Argentine vis à vis des USA de 1991 à 2001 où le peso équivalait le dollar selon un accord monétaire scélérat) . Et c'est le cas aujourd'hui qu'on a imposé à des pays plus pauvres en capital (Portugal, Espagne, Grèce, Irlande) et cela va être le cas avec les ex-pays communistes de l'est

    Dans les pays occidentaux, plus un pays a eu des colonies riches à exploiter, et une classe marchande ancienne, plus sa monnaie a eu un numéraire d'un poids d'or élevé

     

    Puis les marchands vont introduire une facilité supplémentaire pour faire leurs affaires, qui deviendra une difficulté supplémentaire du point de vue de la compréhension théorique. Ils trouveront commode, pour aller plus vite en affaires, de trouver une représentation papier de la monnaie en métal précieux (d'autres diraient monnaie-marchandise). C'est d'abord la lettre de change représentative d'une dette en capital, endossable successivement par plusieurs marchands, puis la lettre de crédit endossable par les banques, et enfin la monnaie de papier, représentative d'un poids de métal précieux. Mais ce papier, pour ne rien arranger, va susciter éventuellement des dévalorisations monétaires très importantes qui n'obéissent pas au mécanisme de celles du numéraire en métal.

    On se figure au départ que la monnaie de papier, ce que Marx appelle la monnaie de crédit, pour conserver sa valeur, doit être strictement gagée sur une quantité d'or déposée à la banque centrale (c'est la GB qui théorise cela).

    L'expérience montre, cependant, que c'est faux, mais la théorie n'engrange pas l'expérience. Celle-ci montre que la monnaie de papier reste stable, donc ne se dévalorise pas, à deux conditions qui s'additionnent :

    -si la convertibilité papier/métal à la banque est totale dans les deux sens (mais c'est plus une conséquence qu'une cause).

    -si seuls les agents économiques engagés dans la création de capital (marchands, capitalistes industriels) sont à l'origine de la création monétaire en présentant aux banques une lettre de crédit endossable contre de la monnaie de papier, moyennant intérêt. La valeur de cette monnaie n'est préservée que si elle représente du crédit, c'est à dire une avance en capital (la contrepartie étant une créance en capital). L'exemple le plus célèbre est donné par les USA. Ceux-ci suppriment leur banque centrale vers 1830, l'accusant d'être aux mains de l'Etat. Les banques créent de la monnaie de papier autant que les demandeurs petits et grands capitalistes en demandent contre des créances, absolument sans règles de couverture. Les faillites de banques sont nombreuses mais aucune dévalorisation du papier n'apparaît.

    Par contre, dès que l'Etat, pour ses propres besoins (guerre, problème social aigu), crée ou fait créer de la monnaie de papier (guerre de sécession par exemple), la dévalorisation s'amorce et peut devenir catastrophique. Cette dévalorisation est mécanique. La pièce et le billet de même dénomination n'ont tout d'un coup plus la même valeur. L'or est thésaurisé ou part à l'étranger. Il faut suspendre la convertibilité (la possibilité pour un citoyen d'aller à la banque échanger son billet contre du métal) et prononcer le cours forcé du papier. Que s'est-il passé ? L'Etat, fort de son pouvoir, a crée du papier sans contrepartie de créance équivalente en capital dans le but d'assurer ses dépenses. Ce papier fonctionne comme un revenu (c'est à dire pour être dépensé. La distinction « revenu » et « capital » est de Smith. Un revenu se dépense, un capital fructifie) et non comme un capital qui doit être investi. On observe que c'est ce phénomène qui engendre la dévalorisation.

    En fait, pour éviter la dévalorisation, le papier ne doit pas être gagé sur une quantité d'or mais sur une quantité de capital .

    La dévalorisation est donc de la responsabilité des Etats, mais ceux-ci ne peuvent la stopper que s'ils suppriment ce qu'ils ont créé (s'ils remboursent les autorités monétaires, c'est à dire s'ils restituent le papier qu'ils ont créé), ou s'ils transforment cette création en capital (en investissant) ; or ce n'était pas l'objet de la création monétaire étatique. Cette dévalorisation du papier n'a lieu que si celui-ci a cours dans une société marchande, où le papier a la fonction de représenter un crédit en capital.

     

    On ne connaît pas de dévalorisation monétaire mécanique des signes monétaires (papier compris) n'ayant qu'une fonction d'échange, dans les sociétés non marchandes dans l'histoire. Ceci n'appartient qu'aux signes monétaires en or ou en argent de l'époque précapitaliste, ou qu'au papier monétaire de l'époque capitaliste. Il y a là matière à une véritable recherche scientifique qui n'a pas encore eu lieu.

     

    En conséquence de ce qui précède, il n'y a pas pire chose pour la monnaie de type capitaliste que l'intervention étatique , ce qui donne totalement raison aux libéraux et font de ceux-ci les meilleurs interprètes du capitalisme. La monnaie papier, dans une économie marchande capitaliste, a été créée au service du capital, comme crédit, et non pas comme moyen d'échange. Cette dernière fonction passe au second plan. Mais les citoyens utilisent ces papiers comme moyens d'échange ; ils seront donc les victimes de la dévalorisation du papier si celle-ci se produit.

    Au fur et à mesure que la fonction guerrière des Etats s'accélère (20 ème et 21 ème siècle), et que l'Etat concentre ou centralise, comme dans un lointain passé, des fonctions de gestionnaire des services collectifs, même dans les pires conditions, il crée ou fait créer de la monnaie comme revenu ce qui est incompatible avec la fonction de cette dernière comme crédit, ou comme avance en capital. C'est le paradoxe de la nature de l'« Etat bourgeois » dont parle Marx.

    Les fonctions d'échange (où la monnaie fonctionne comme revenu à dépenser) et celles de conservation de la richesse capitaliste sont incompatibles à terme, du point de vue des citoyens, dès lors que l'Etat veut assumer un rôle, non pas de capitaliste, mais de distribution des revenus, de répartition, ou veut guerroyer, ou veut à toute force créer de la monnaie contre la fonction de capitaliste .

     

    La dévalorisation monétaire du papier, dans la période capitaliste, peut aller jusqu'à donner la valeur 0 au papier, comme dans l'Allemagne de 1923 qui connaît une inflation galopante.

    De ce point de vue le réformisme social est contraire à la stabilité monétaire, car il exige des engagements monétaires de l'Etat incompatibles avec celle-là, sauf si le financement est assuré par des sources externes à la métropole, par exemple le colonialisme ou la dépendance économique d'autres pays (les guerres napoléoniennes) . Il eût été intéressant que les « marxistes » se préoccupent de ces problèmes, du point de vue même de la lutte des classes. De ce point de vue, les pays dominants auraient sans doute eu besoin des pays du Tiers monde non pas d'abord pour les piller, mais pour tenter de préserver la stabilité monétaire de leurs monnaies . C'est une hypothèse intéressante.

     

    On comprendra pourquoi le souci permanent des libéraux actuels est la stabilité monétaire par le biais des politiques de rigueur sociale, assurée par des critères stricts de rapport entre les dépenses publiques et le PIB, ou plus clairement les critères de Maastricht en Europe ou les critères des politiques d'ajustement structurel imposés par le FMI aux pays du Tiers monde.

     

    Le seul moyen pour les gestionnaires capitalistes de ramener la stabilité monétaire, est d'imposer de terribles politiques de rigueur (appelées déflationnistes au 19 ème et début du 20 ème siècle) : les citoyens payent les frais de la dévalorisation monétaire. Il est cependant facile d'obtenir le soutien des grandes masses sur des politiques dites désinflationnistes, alors que ces politiques sont meurtrières. Mais elles paraissent moins meurtrières que l'inflation. En réalité, l'unique solution, du point de vue des citoyens, serait d'en finir avec l'existence du capital. Mais l'idéologie ambiante explique volontiers que ce serait revenir à l'âge de pierre !

    Un exemple intéressant est donné par l'Argentine. Après les errements d'une politique monétaire désastreuse imposée par le FMI depuis 91 et qui a ruiné le pays, les gouverneurs de Province, poussés par les populations, ont crée fin 2001 des monnaies locales, simples moyens d'échange, telles que : les patacones, lecop, quebracho, secacor, lecor..etc, pour permettre aux gens de disposer de leurs payes, de leurs revenus et d'en vivre.

    En conclusion seule la monnaie d'échange intéresse les besoins des gens . La monnaie réduite à cette seule fonction n'a aucune raison de se dévaloriser. Elle repose sur la confiance et l'autorité de la communauté, à plus forte raison si les fonctions de celle-ci sont reconnues comme étant utiles.

     

    Dès lors que les citoyens se voient imposer une monnaie qui a d'abord comme fonction essentielle de préserver la valeur du capital et de véhiculer ce dernier, ils seront les premiers à être victimes des dévalorisations monétaires, qui les ruinent.

     

    La théorie économique qui se doit d'expliquer soit l'éternité du capitalisme, soit l'inéluctabilité de l'existence du capital (au sens de Marx, c'est à dire fondé sur l'exploitation), ne veut pas intégrer ces faits. Pour minimiser le rôle du capital, elle présente précisément la monnaie capitaliste comme une monnaie fondée sur la confiance, elle fait comme s'il s'agissait d'une simple monnaie d'échange. La théorie a là une vocation d'obscurcissement, voire de véritable escroquerie intellectuelle.

    Tout ceci pose avec acuité la question : l'humanité a-t-elle besoin du capital pour vivre ? Nous répondons de suite, et sans attendre les développements ultérieurs, que le capital fondé sur l'exploitation n'est qu'une forme spécifique, passagère de la richesse. C'est même une forme dévoyée de la richesse, une forme barbare .

     

    Nous allons maintenant montrer, dans le cadre de ce qu'est la monnaie typique du capitalisme, que c'est l'étalon monétaire qui donne sa valeur au numéraire.