Le libéralisme économique a réalisé une prouesse sur le plan intellectuel. Sa cruauté n'a d'égale que sa candeur à produire des clichés, et sa médiocrité. Ses tenants se passeraient bien de la philosophie, de l'histoire, du raisonnement, de l'étude, de l'esprit critique. C'est un bulldozer de clichés, de préjugés, d'affirmations non fondées. Leur diffusion passe par les journalistes à la botte des économistes et des politiques libéraux. Surtout il convient d'ignorer l'histoire de la Grèce et le rôle continu qu'y a joué la Grande Bretagne jusqu'à nos jours.
On voit ainsi écrit constamment dans des journaux comme le Monde, le Figaro, Libération " la fraude fiscale est un sport national en Grèce ", ou bien il est affirmé que par nature les grecs sont des truqueurs, des menteurs, qu'ils s'endettent sans vergogne, ou encore on entend dire par Angela Merkel qu'il serait temps que les grecs se mettent à travailler etc etc
Depuis sa naissance en 1830, la Grèce a été quasiment
une colonie de la GB (ou un " Etat protégé " en langage
poli, avec l'accord des grandes puissances de l'Europe. Ce statut a induit ce
type de phrases de mépris, exactement comme on dirait que les noirs ne
travaillent pas par nature ou que les maghrébins répandent des
odeurs
Et cela s'est tellement inscrit dans notre psychisme, que nous finissons pas
engranger que les grecs sont des gens paresseux, incapables des respecter les
lois ; vous savez des " méditerranéens " ! Donc ce ne
serait pas étonnant qu'ils soient dans cette situation grave aujourd'hui.
On notera le mot " les grecs " sans distinction des classes sociales,
or les grecs ne sont pas homogènes entre eux loin de là.. Ils
ont une bourgeoisie favorable aux anglo-saxons de droite, une partie du peuple
acquis aux idées communistes et anarchistes, et une autre à un
nationalisme exacerbé d'extrême droite. La politique de "
diviser pour régner " de la GB, jusque dans le financement de la
résistance dans la dernière guerre, est en grande partie cause
de cela, d'où le fait que l'Etat grec n'a aucune crédibilité
auprès des citoyens.
De plus la mise en place d'une " démocratie ", supervisée
par la GB, a pris soin de préserver un aspect féodal à
la société grecque, en imposant d'abord un roi jusqu'à
la première guerre mondiale, puis en sauvegardant l'existence des grandes
familles (Karamanlis, Papandreou, Mitsotakis par ex
) à la tête
des gouvernements, et un Etat dans l'Etat à savoir l'Eglise orthodoxe.
Cette structure sociale est un empêchement majeur à l'existence
d'un lien social entre les grecs. Elle a introduit une défiance naturelle
vis-à-vis de l'Etat, qui se traduit par le non paiement de l'impôt
par les classes riches. La contrepartie monnayée entre l'Etat et le peuple,
est une fonction publique pléthorique, pour compenser l'absence d'emplois
et réaliser la paix sociale.
Revenons aux origines rapidement :
La révolte du peuple grec contre l'Empire ottoman a été
soutenue par la France, La Russie et la GB, au 19ème siècle ;
non pas par bonté d'âme mais parce que chacun de ces pays étaient
aux aguets, pour s'approprier, avec des motifs différents, des morceaux
d'un empire, dont la dislocation ouvrirait la voie au Moyen Orient. Celle-ci
interviendra du fait de la première guerre mondiale.
La City anglaise a " financé " par deux fois les grecs combattants
pour la liberté: " l'emprunt de la révolution " en 1824-25,
puis " l'emprunt de l'indépendance " en 1832-33. Elle a fait
gager ces emprunts sur " les terres nationales " appartenant à
l'Empire, et dont le statut juridique ne sera réglé que tardivement
au profit de la Grèce.
Donc dès l'origine, la GB prenait pied en Grèce, exactement en
même temps qu'elle imposait le libre échange à l'Egypte.
De plus elle n'a pratiquement jamais versé l'argent prêté,
décidant de son utilisation : construction de bateaux de guerre non désirés,
commissions généreuses à un tel ou un tel, salaires des
services de l'amiral anglais Cochrasse
.(Georges B Dertilis : dettes publiques
et dépenses militaires La Grèce et la question d'Orient, Date
? texte sur internet)
Le pays a été abominablement endetté de suite, car le gouvernement
grec se devait de rembourser les sommes " prêtées " plus
les intérêts. Or tout a été fait pour qu'il ne puisse
jamais rembourser (exactement comme en Haïti), la renégociation
des emprunts l'endettant toujours plus.
60% des dépenses publiques à la création de la Grèce
étaient, selon l'auteur cité, des dépenses militaires imposées
par la GB.
De ce fait, la GB mettait en gage les recettes fiscales futures de l'Etat grec,
et, avec la France, établissait un contrôle international sur les
douanes grecques.
La GB a obligé la Grèce à suivre une politique définie
sur la question d'Orient. Les emprunts ne servirent jamais à redresser
le pays ruiné par les guerres.
En 1836, l'Etat grec, qui n'en peut plus, suspend les versements des intérêts.
La GB renforce l'embargo aux frontières et dans les ports, et interdit
l'accès de la Grèce aux bourses européennes. La Grèce
est privée d'investissements, un peu comme les Etats américains
avant leur indépendance.
Le peuple grec avait l'habitude de se révolter contre l'empire Ottoman qui imposait un système fiscal très dur. La GB impose un service de l'emprunt tout aussi dur, et exige la participation à ses guerres, sous ses ordres (Guerre de Crimée par ex). Palmerston impose, pour ce faire, l'occupation du Pirée par des bateaux de guerre de la France et de la GB pendant deux ans. Les habitants grecs devaient fournir des militaires à la GB, exactement comme les " indigènes " africains devaient le faire.
Gladstone expliquait que le " levier de l'emprunt " doit être
utilisé comme moyen tactique capital pour contraindre la Grèce,
car elle est " irrédentiste " ; elle aide par ex les crétois
dans leur révolte
Ce pays ne doit avoir qu'une force de police,
mais pas d'armée, pas de flotte ; elle doit combattre sans arrêt
et emprunter pour ce faire.
Il faut l'obliger, dit Gladstone, à avoir une " bonne conduite ",
à " pratiquer la rigueur " si l'Etat grec veut du crédit
(les textes de Gladstone sont publiés par Dertilis) ; on croirait Angela
Merkel parlant de la situation actuelle.
La Grèce doit obéir à la seule GB même si la France
a une autre opinion.
La première ouverture aux investissements a lieu entre 1878 et 1890.
La Grèce avait obtenu la création d'une banque nationale en 1841
et la création de la monnaie drachme. Cette banque pouvait obtenir des
crédits mais à des taux très élevés : 7 à
11%, ceci au profit d'une petite classe aisée. Les taux actuels imposés
à la Grèce sont de même nature.
En contrepartie la Grèce doit faire la guerre à la Turquie de
1887 à 1898 sous contrôle international.
La Grèce est en cessation de paiement en 1893, sa dette extérieure
est de 200% son PIB. Nouveaux accords et nouvel endettement en 1928. "
La structure de longue durée en Grèce est l'endettement ".
A la veille de la deuxième guerre mondiale, la Grèce n'a aucune
autonomie en matière politique et économique.
La Grèce est donc sous contrôle économique, mais également
politique
L'Europe par la voix de la GB lui impose en 1830 un roi, le Prince Othon de
Bavière ! Après les révoltes de 1863, un Prince Danois
Georges 1° lui est imposé
.
En 1936 le général Metaxas, ancien ministre du roi Georges II
prend le pouvoir. Le 28 octobre 1940, l'Italie somme la Grèce d'accepter
l'occupation du territoire par Mussolini. Metaxas aurait répondu NON
ou " Alors c'est la guerre ". Or les salariés grecs et le peuple
grec ne se soumettent jamais. Ils vont se battre contre Mussolini, puis contre
l'occupation nazie. Aucun répit de leur est accordé. Les forces
de l'axe ravagent le pays.
Les historiens considèrent qu'après l'URSS c'est la grèce
qui a le plus souffert : 500 000 morts (dont 340 000 de faim), 1000 villages
détruits, la quasi-totalité des routes, ponts, chemin de fer,
moyens de transports détruits..)
Le 28 octobre deviendra jour férié, fête nationale du " jour du NON "
La GB n'a de cesse de vouloir rétablir l'autorité du roi après
la guerre. Les trois mouvements de résistance s'y opposent. Churchill
s'implique en octobre 1944 en allant négocier avec Staline de lui laisser
la Grèce, tandis qu'en contrepartie il lui laisse la Pologne. Les visées
au Moyen Orient exigent que la Grèce soit contrôlée par
la GB.
Celle-ci qui ne veut pas d'un mouvement de résistance unifiée,
paye des bandes rivales pour établir la zizanie. L'armée de la
GB est présente à Athènes et à Salonique.
L'exaspération est telle que le peuple grec est tenté par le communisme.
En 1947 un gouvernement communiste provisoire est proclamé, tandis que
la GB et les USA financent les armées royalistes. Les grecs se battent,
toujours sans soutien. C'est la guerre civile jusqu'en 1949, après quoi
s'instaure un régime parlementaire de type " féodal bourgeois
" qui reçoit la défiance du peuple, et en 1967, les colonels
pro-américains prennent le pouvoir jusqu'en 1975. Voilà les conséquences
de l'intervention en continu de la GB sur la Grèce.
.Les grecs ont bénéficié du plan Marshall, dont 40% sera
détourné, dans une situation d'impossibilité du contrôle
des finances. Le peuple développe une économie de subsistance
et cultive la " débrouille ", tandis que la bourgeoisie, mafieuse
par définition dans ce pays, n'a pratiquement aucune visée sur
la constitution d'une économie nationale.
Oui la Grèce a toujours été endettée, mais par la volonté de la GB. Le peuple grec a toujours refusé la soumission. Mais sa classe bourgeoise, très liée à la GB et aux USA, est une classe qui vit des prébendes accordées par l'étranger et sur le dos du peuple. Elle n'a pas d'attache forte dans une industrie nationale. C'est pratiquement une bourgeoisie compradore qui considère qu'elle n'a pas d'impôts à payer.
Quand la Grèce est entrée dans la zone euro, des banques américaines lui avaient beaucoup prêté. Entre autres Goldman Sachs (auj sur les bancs des accusés aux USA), banque d'investissement de Manhattan. Cette banque fournit de hauts dirigeants aux États dans le secteur économique et financier tels Robert Rubin ou Henry Paulson (Hank), ancien Secrétaire du Trésor des États-Unis, ou encore Mario Draghi, gouverneur de la Banque d'Italie (cf Wikipédia), puis de la BCE aujourd'hui. Cette banque gomme 1 MD d'euros de dettes publiques en 2001 des comptes publics de la Grèce. Ce sont les banques, mandatées par Bruxelles, qui organisent la présentation des comptes publics des Etats (Morgan fera la même chose avec l'Italie). On modifie les règles comptables à l'envie. (Le Monde du 20-2-10)
L'Europe " découvre " tardivement que tous les chiffres annoncés
pour pouvoir entrer dans la zone étaient faux. Eurostat ignorait ? La
discipline européenne était très élastique. Barroso
en 2004 n'aurait-il rien su ? Ou d'autres motifs étaient-ils à
l'uvre, comme l'ouverture d'un nouveau marché prometteur sous un
gouvernement corrompu et une direction de l'Europe tout aussi corrompue ? (Le
Monde du 20-2-10). Mais la crise de 2008 change la donne
Et la Grèce
se retrouve sous la tutelle de la CE (communauté européenne),
du FMI et de la BCE (banque centrale européenne), la Troïka (qui
circule en voiture blindée à Athènes en 2011 !!!)! : Rien
de très nouveau dans son histoire, sauf que cette fois ce sont les banques,
qui ont prêté énormément avec tant d'empressement,
qui prétendent être en difficulté dans un pays où
la dette est éternelle, parce que non remboursable. La France et l'Allemagne,
par l'intermédiaire de leurs banques y sont bien engagées également.
Le magazine Euromoney parle en 2005 de " l'enronisation " (du scandale
Enron) des comptes publics européens avec la complicité de Bruxelles.
Ce n'est donc pas la Grèce qui a falsifié ses comptes.
Toutes les tricheries ont été à l'uvre pour faire
passer la Grèce dans l'euro. C'était une affaire trop juteuse,
un marché à prendre.
Il s'agissait en effet de faire de la Grèce un marché pour les produits européens des pays riches, et de lui prêter pour qu'elle puisse importer et payer ses produits. On peut éventuellement envisager de délocaliser des entreprises européennes en Grèce à condition que les salariés grecs soient soumis, or ça n'est pas le cas. Par conséquent la Grèce importe trois fois la valeur de ce qu'elle exporte C'est bien ce que l'Europe voulait ?
La Grèce à court de capitaux pouvait, avant l'euro, créer
de la monnaie pour régler ses problèmes. Si cette monnaie se transformait
en capital de façon productive, le danger d'inflation était faible
; mais si cette monnaie était dilapidée par une classe riche pour
ses besoins propres, ou si l'Etat payait ses fonctionnaires avec cette monnaie,
sans qu'il y ait d'investissements en contrepartie, l'inflation était
un grand risque (théorie de Smith). C'était la situation de tous
les pays peu riches en PIB.
Or avec l'euro, l'Etat grec perd toute prérogative monétaire et
économique. Il n'a plus qu'à emprunter. Pour la Grèce,
c'est le pire des pièges.
Si la bourgeoisie grecque avait été nationaliste, elle aurait
refusé à juste titre l'euro. Or les nationalistes sont une poignée
et liés à l'extrême droite.
Passer d'une politique monétaire souveraine à la soumission à
une monnaie forte, va faire de ce pays un vassal encore plus évident
des pays riches. La croissance de son PIB, était totalement compromise
d'un point de vue capitaliste, sauf à faire un tourisme ravageur.. La
bourgeoisie grecque se préparait donc à livrer le pays aux prédateurs.
Les salariés avaient eux aussi toutes les raisons de refuser l'euro en
raison de la politique de rigueur que cela impliquait mais ils n'ont pu l'exprimer
sous l'avalanche des crédits qui leur étaient offerts.
La Grèce devait donc aller au devant d'un endettement encore plus massif
qui ne pourra jamais être remboursé et qui sera refinancé
sans arrêt, d'autant que faire payer l'impôt à la bourgeoisie
est une affaire difficile.
Le mécanisme et les faits :
La zone euro a réintégré les critères de Maastricht
pour que fonctionne une " saine " gestion de l'euro, dans un environnement
pourtant sans homogénéité économique entre les différents
partenaires européens, sans gouvernement central ayant autorité
(et heureusement peut-être pour les salariés), avec une banque
centrale " indépendante " (BCE) qui ne peut intervenir en dernier
ressort (donc qui livre les gouvernements aux banques privées), et dans
le cadre d'une concurrence effrénée organisée par l'Europe.
Laquelle ouvre à la finance la possibilité de la pire des spéculations,
comme il a été décrit ci-dessus.
-a)La Grèce a une dette publique en 2010 de 160% son PIB, alors qu'elle
ne devrait être que de 60% selon les critères de Maastricht. Son
adhésion à la zone euro a accru mécaniquement son endettement.
Les leaders européens expliquent que c'est un scandale, mais le Japon
a un endettement quasi traditionnel de 200% du PIB, en ne se portant pas si
mal
C'est en effet la zone euro qui a obligé la Grèce à
acquérir les devises nationales qui lui étaient nécessaires
par l'emprunt, devises qu'autrefois elle créait dans le cadre d'une politique
monétaire indépendante.
En 2009 déjà, une baisse des dépenses publiques de 13,6
% par rapport au PIB était exigée par l'Europe pour entraîner
une réduction du déficit public. Pour l'année 2010, le
déficit public devait également baisser de 9,3 %. En réalité
le déficit n'a fait que se creuser toujours davantage par le mécanisme
même de la dite réduction des déficits qui nécessite
toujours plus d'endettement
-La Grèce peut-elle espérer obéir à l'Europe par
une croissance de son PIB ? Les autorités européennes ont calculé
que son PIB devrait croître de 4% par an à partir de 2010 pour
que de la richesse en capital se reconstitue. Or la Grèce n'est compétitive
en rien à ce jour sauf dans le tourisme et importe énormément
du fait même de son intégration à l'Europe.
Il faut savoir de plus que le secteur public constituait traditionnellement
40% du PIB, or ce secteur est en train d'être balayé par les plans
de rigueur !
La Grèce ne peut donc compter sur une croissance du PIB
-b)La Grèce peut-elle compter sur ses impôts ?
Ce pays souffre, l'Europe le savait, d'un manque chronique d'impôts. C'est
un leg de ses relations de soumission à l'Angleterre, laquelle favorisait
comme dans un pays colonisé la classe riche pour obtenir sa reddition.
La Grèce a la structure fiscale d'un pays colonial où les riches
ont obtenu de ne payer que très peu ou pas du tout d'impôts, de
la même façon que par exemple en Amérique du sud, anciennement
colonisée par l'Espagne et le Portugal. Entre autres, l'Eglise est pratiquement
dispensée d'impôts, bien que le gouvernement ait juré le
contraire ; elle ne paye rien sur ses activités commerciales car il est
impossible de connaître la nature de ses biens et de ses propriétés.
La taxe immobilière votée en septembre 2011 ne la touchera donc
pas, ses richesses étant tabou (Le Monde du 21-9-11).
Autre exemple, la Grèce, l'une des plus importantes puissances maritimes
mondiales, a des armateurs qui ne payent pratiquement pas d'impôts. En
effet, les navires détenus par des intérêts grecs constituent
72% de la flotte battant pavillon chypriote, 55% de la flotte battant pavillon
maltais, 18% de la flotte battant pavillon des Bahamas (cf Wikipedia). Autrement
dit les armateurs grecs sont sous pavillon étranger, et échappent
très largement à l'impôt. De ce fait, les agents des impôts
se prêtent à une corruption passive, encouragés par les
intérêts des hommes politiques. Avant sa chute, DSK, patron du
FMI, reprend le 15-3-11 les clichés traditionnels sur la Grèce
en lançant dans un discours que " les grecs truandent un maximum
" parce que " ne pas payer d'impôts est un sport national ".
Très futé DSK !
Des querelles chiffrées ont également eu lieu sur la question
de la fuite des capitaux grecs en Suisse, dont s'est fait l'écho la Figaro
économique (3-6-2011) : Quelques 38 milliards d'euros de capitaux auraient
été placés en Suisse sur 2010 et début 2011. Le
Ministère grec des Finances, lui-même a confirmé ce fait.
Enfin, malgré les récents essais de contrôles accrus du
gouvernement, la récession, le chômage ont fait mécaniquement
baisser les impôts.
Par conséquent la Grèce n'a rien à attendre du côté des impôts. Chacun le savait pertinemment.
-c)La Grèce peut-elle se financer par l'emprunt.
Du fait de la situation ci-dessus, les banques privées ne veulent plus
prêter à la Grèce ou alors à des taux d'intérêt
très élevés sur les marchés financiers, par exemple
de l'ordre de 14,5 % en avril 2011 (le taux passe à 16% en mai
),
pour les prêts à 10 ans, alors que l'Allemagne emprunte à
3,2.%. On crie au secours quand l'Italie doit payer 7,45% d'intérêts
actuellement
mais la Grèce ??
La situation va continuer de se dégrader au fur et à mesure qu'il
apparaît qu'elle ne parviendra pas à rembourser et à exécuter
ses plans de rigueur.
Les acheteurs traditionnels de la dette grecque, " les zinzins " (caisse
de retraites, fonds d'épargne, compagnies d'assurances, investisseurs
privés
) se détournent de l'achat des titres de cette dette,
pourtant très prisée du fait de la hauteur des taux, mais devenue
dangereuse au cas où la Grèce déclarerait forfait. La situation
apparaît comme étant grave dès 2010, tandis que les créanciers
sont principalement les banques allemandes puis françaises dont la Société
Générale, la BNP, le Crédit agricole.
Si la Grèce devait sortir de l'euro et retrouver le drachme, elle s'affranchirait
certes de ses dettes, mais n'aurait plus aucune possibilité d'emprunter,
et surtout n'aurait plus de productions exportatrices, la zone euro les ayant
balayées.(biens manufacturés, ciment, produits chimique et pharmaceutiques
.)
La Grèce n'a donc plus aucune chance de se financer par l'emprunt pour rembourser une dette totalement fabriquée.
-d)L'aide européenne
Il ne restait plus que la BCE, le FESF (fond européen de stabilité
financière crée en mai 2010) et le FMI
.
Le FMI s'empare en effet de la question de la Grèce avec les Etats de
la zone euro et " vole à son secours " ( !) dit-on en mai 2010.
En fait la FMI vient au secours des banques mais pas de la Grèce.
Les responsables ci-dessus ne voient en effet plus qu'une solution : imposer
à la Grèce des plans de rigueur du même type que ceux qui
ont été imposés à la Roumanie (par les bons soins
de DSK), l'Espagne, le Portugal, l'Irlande. L'un des premiers plans de rigueur
auquel le parlement grec se soumet et qu'il vote en mai 2010 prévoit
:
-la diminution du salaire des fonctionnaires (- 10 %) ;
-la diminution des pensions accordées aux retraités (- 10 %) ;
-le recul de 5 ans de l'âge légal de départ à la
retraite (65 ans contre 60) ;
-la réduction des investissements publics et des dépenses de fonctionnement
de l'État ;
-la création de nouveaux impôts et de nouvelle taxes, hausse de
10 % des taxes sur l'essence, le tabac et l'alcool ;
-la hausse de la TVA de deux points (23 % contre 21 %, et contre 19 % avant
mars 2010) ;
-la baisse des dépenses de l'armement de 2,5 milliards d'euros en deux
ans.
Mais tout cela n'est rien en comparaison du plan imposé en octobre 2011.
La Grèce est sommée également de vendre une partie de son
patrimoine, d'abord par une tranche de 50 Mds d'euros, pour rembourser sa dette.
Ceci dans une période de récession, où il est prévu
que, dans ce pays, le PIB diminue encore en 2011.
D'autres plans de rigueur vont être votés, tous plus criminels
les uns que les autres, car ils aboutissent à la fermeture d'entreprises,
de commerces, à un chômage massif et à assécher la
rentrée des impôts.
Par exemple, en septembre 2011, la Troïka exige (le Monde du 20-9-11)
-la rupture de tous les contrats en CDI
-la mise au chômage technique dans les organismes publics
-le gel des retraites en 2015
-la fermeture de 30 organismes publics (les mis au chômage n'auront que
60% de leur salaire)
-le paiement des impôts via la facture d'électricité
Moyennant l'application drastique de ces plans successifs, la Grèce devait
recevoir un prêt de 110 milliards d'euros sur trois ans, en mai 2010,
du FMI et de la zone euro. En octobre 2011, 65 Mds seulement ont été
versés, et il est question de prévoir une autre tranche "
d'aide " si les autorités de la zone euro constatent des progrès
dans l'application des plans de rigueur qui s'échelonnent depuis 2010.
Athènes indique en octobre 2011 qu'il lui faut 60 Mds d'euros pour couvrir
les intérêts de la dette publique et payer ses fonctionnaires.
L'application des plans de rigueur successifs est pourtant de plus en plus difficile
face à une hausse continue du chômage et de la contestation sociale.
Il faudrait d'énormes excédents budgétaires, ne serait-ce
que pour pouvoir payer les intérêts des emprunts
Les plans de rigueur ne sont donc pas la solution pour résoudre le dit
endettement de la Grèce. Que veulent donc les autorités ci-dessus
??
e)Mais l'Europe veut toujours plus de plans de rigueur et
.recapitaliser
les banques.
-Le chien de garde des banques, Standard Poor (lire le § consacré
aux agences de notation), dégrade la note de la Grèce en mai 2011,
pour faire pression sur la Grèce, et indique " il faut restructurer
la dette ". Ce qui signifie que les créanciers doivent renoncer
à environ 50% des créances. L'effondrement boursier qui accompagne
cela (sept-octobre 2011) constitue une pression de plus pour accréditer
le bien fondé des exigences vis-à-vis de la Grèce. En même
temps le FMI annonce dès juin 2011 la nécessité de "
recapitaliser " les banques. L'un ne va pas sans l'autre, mais un jeu de
rôle se développe, chacun faisant comme si ces mesures étaient
inutiles ou absurdes. On attend un signe qui rende la chose urgente. Ce sera
la chute attendue de Dexia, la banque franco-belge en octobre 2011. Le marché
financier est en effet persuadé que la Grèce ne peut pas s'en
sortir. Si on veut garder cette dernière dans la zone euro, il faut couvrir
sa dette sous peine d'explosion financière, ou sociale. Pour ce faire,
il faut alléger la dette, à condition de préserver les
banques.
Que veut dire recapitaliser ? Renflouer les banques en capitaux propres. Les
marchés financiers ne prêtent plus facilement, ils attendent la
notation des agences. Les Etats commencent par répondre, pour la galerie,
que c'est aux banques de trouver à se recapitaliser. En réalité
chacun sait que les Etats doivent payer pour cette recapitalisation. Une radio,
France info, faisait dire à un commentateur le 9-10-11 que l'Etat devait
trouver l'argent nécessaire à cette recapitalisation. Tout bonnement.
En plus des plans de rigueur imposés dans tous les pays à des
degrés divers, il faudra aider à recapitaliser les banques
.
De façon remarquable, la gauche française reprend à son
compte tous les ingrédients de cette question et promet de faire de l'endettement
le point central de son programme.
En l'absence d'un gouvernement européen, le FESF pourrait prendre ici
tout son sens puisque la BCE " ne peut " pas jouer le rôle traditionnel
d'une banque centrale de " prêteur en dernier ressort " (bien
qu'elle ait fait déjà des entorses aux interdictions qui lui sont
faites). Mais l'Allemagne n'est pas cet avis. Les deux jours de grève
générale en Grèce les 21 et 22 octobre 2011, qui se sont
soldés par un mort, ont fait apparaître que la Grèce ne
pourrait pas payer " sa dette " ni ses intérêts, et que
le peuple se moquait de ces discussions. D'autant que l'aide promise n'a jamais
été versée, ou quand elle a été versée,
c'était en paiement des intérêts, donc pour les banques
Mais, nous dit-on, celles-ci doivent donc accepter des pertes évaluées
à 50% de leurs prêts
et se recapitaliser ! Grotesque. Le
paiement des intérêts a déjà largement ou pratiquement
couvert les prêts initiaux. Cela on n'en parle pas.
Les Etats européens qui devaient alimenter le FESF, pour venir en aide
aux Etats en difficulté, vont peut-être se récuser et de
toutes façons cela n'est pas suffisant. La Grèce est ainsi acculée
à une éventuelle faillite qui, contrairement à ce que l'on
dit, pourrait enfin lui permettre de décider de son sort librement hors
de l'euro, avec certes des faillites retentissantes puisqu'elle est devenue
totalement dépendante du marché européen et a perdu toute
autonomie. Mais le peuple grec retrouverait la possibilité de créer
de petites activités leur permettant de vivre de façon indépendante
Puis il y a eu le coup de Trafalgar du 28 octobre 2011.
La veille du 28-10, le socialiste Papandreou donne son accord pour un nouveau
plan de rigueur à la communauté européenne. Tout va bien
pour l'euro.
Le 28 c'est la fête nationale de la journée du NON en Grèce.
Des tribunes sont érigées dans les villes pour que les officiels
fassent des discours en hymne à la résistance passée. Pour
les centaines de milliers de gens qui sont dans les rues, la seule résistance
actuelle est celle contre les plans de rigueur. Ils s'emparent des tribunes,
descendent le Président de la république d'une tribune de Salonique
et lui disent " traitre ! ". Et tout le peuple fait de même
dans tout le pays.
Papandréeou affolé ne veut pas devenir le martyr du peuple. Il
annonce sans concertation qu'il va lancer un référendum sur le
plan de rigueur. Les marchés financiers plongent. Merkel et Sarkozy s'indignent
" Mais comment comment ? Tout ça sans nous avertir ? Alors c'est
nous qui allons poser LA question pour le référendum ! ".
C'est l'aveu de la manipulation à venir. Mais les caricaturistes ne rient
pas !!! Ils sont bien plus occupés par le 2-11, intervenu opportunément
: l'attentat contre Charlie hebdo
Ils n'ont pas eu le temps de s'esclaffer
et se précipitent sur l'occasion d'un beau dérivatif... En fait,
ce qui les fait rire est ailleurs.
La parade sera trouvée. Papandreou va démissionner et laisser
le soin à un autre gouvernement vaudevillesque de se coucher devant la
Troïka... Les marchés vont remonter, et, puisqu'il n'y a plus rien
à piller pour l'instant en Grèce, leur armée d'avant-garde,
les agences de notation, vont se précipiter sur une autre proie, l'Italie
! Bien joué ! Berlusconi mis en minorité, obligé de démissionner,
qui peut s'en plaindre ? Quel beau coup ! Ce que la gauche n'a pu faire, les
voyous des marchés financiers le font, ce sont les meilleurs balayeurs
!
Et comme des chiens renifleurs, les crocs aiguisés, les voilà
qui tournent autour de la France
mais les bons toutous français
assurent qu'ils vont de suite présenter un autre plan de rigueur. Et
les parlements espagnols et portugais se précipitent et votent d'eux-mêmes
d'autres plans de rigueur. Que voilà donc des gouvernements dociles,
prêts à prendre le thé avec les mafieux de la finance internationale
! Comme ils sont mignons ! " Voulez vous encore un plan de rigueur, avec
un zest d'obligations françaises ? Mais si mais si
"
Ridicule, à mourir de honte.
Mais d'autres, autour de l'aile avancée du PS français, disent
(le Monde du 11-11-11p 25) qu'il suffirait que la BCE déclare "
Nous allons jouer notre rôle de prêteur en dernier ressort "
et couvrir toutes les dettes d'Etat, contre les canons du libéralisme,
pour que les marchés financiers soient mis " aux pas " et que
la spéculation cesse et que les taux baissent !
.OUI oui, une broutille,
et trop tardive, il faudrait bien d'autres gestes, dont le contrôle immédiat
de la circulation des capitaux, la nationalisation des banques et la séparation
de leurs activités de dépôts d'avec celles de leurs investissements,
et sans doute une mise en cause de la zone euro ?
. Mais le peuple grec
? Il n'a rien à faire de tout cela. Que va-t-il faire ? Sombrer dans
le désespoir ou destituer le gouvernement, sûr de sa nouvelle force
? Comment un gouvernement peut-il venir à bout d'un peuple dans ces conditions
? Si ce n'est par les armes (Rocar le 4-10-11) ? Ou bien le peuple s'organise
en assemblées populaires et fait face
?
(Les Mondes de début février 2012)
Après le 30-1-12, la Grèce, avec un gouvernement de droite, refuse la proposition allemande d'un commissaire européen à la Grèce, et de la présence à Athènes de Bailleurs de fonds (l'argent qui arriverait à Athènes serait immédiatement géré par des fonctionnaires européens qui en organiseraient le retour vers les banques européennes..), c'est à dire une mise sous tutelle ! Ce n'est pas nouveau dans l'histoire grecque.
Volonté affirmée de la Troïka (Bruxelles, BCE, FMI) de diminuer les salaires du privé pour payer une dette qui ne fait que s'accroître mécaniquement du fait des intérêts à payer et de la récession. La dernière solution: vendre le pays par morceaux.
Le premier plan d'avril 2010 était de 80 milliards d'euros; le second décidé en octobre 2011 est de 130 mds, mais au profit des banques européennes...
"Le patient est déjà presque mort, il faut le tuer et lui prendre tous ses biens" ! Ainsi s'exprime Varoufakis un économiste de l'Université d'Athènes. Cela s'appelle "sauver le malade".
Les créanciers privés effaceraient 100 mds de dettes et renonceraient à 70 % de leurs créances, à condition dit la Troïka de mettre le salaire minimum à 750 euros mensuel, de négocier "hors conventions collectives", de couper dans le budget de la défense et de la santé, de supprimer 150000 emplois dans la fonction publique (les journalistes sont tellement stupéfaits du chiffre qu'ils se trompent et parlent une fois sur deux de 15000 emplois) y compris par le licenciement. Tout cela pour rendre la Grèce plus compétitive ! A longueur de discours le FMI explique que la baisse du salaire minimum doit renforcer la compétitivité. Même l'archevêque d'Athène a mis en garde... (Le FMI est-il en train de donner une leçon de marxisme sur le rôle des très bas salaires dans l'extorsion de plus-value ?)
Le coût horaire de la main d'oeuvre dans l'industrie, selon Natixis (le Monde du 8-2), est de 25,43 euros en Italie, 33,10 en Allemagne (sans salaire minimum et une pléthore de précaires), 21,70 en Espagne, 10,3 au Protugal, 16,6 en Grèce...
(il ne s'agit nullement dans tout cela de faire payer des impôts à ceux qui n'en payent jamais, comme les armateurs, l'église, des grands propriétaires et certaines professions libérales....)
Mais.. les créanciers privés s'opposent à l'effacement de leurs créances si la BCE ne couvre pas la perte. En effet la BCE qui a racheté des créances grecques à bas prix pour 35 et 55 mds d'euros (70% de leur valeur), pourrait si la Grèce finit pas payer sa dette, faire un gros bénéfice (le fait de racheter une créance à bas prix n'efface pas le montant de la créance). Aux dernière nouvelles, la BCE cèderait ces créances aux créanciers actuels.... fructueuses affaires sur les créances!!
Il y a aussi, dit la Troïka, trop de petits commerces, de petites entreprises... (trop de petites gens ! Tout cela n'est pas assez capitaliste...)
Il faut signer un accord, absolument avant le 12 -2 ... avec le gouvernement grec, il faut qu'il s'engage par écrit. Les 4 ministres d'extrême droit démissionnent (bien vu..), deux autres secrétaires d'Etat du Pasok font de même... Mais les députés vont voter dans la nuit, protégés par la police et le PC (!) malgré une véritable insurrection à Athènes (les libertaires disent que 35 bâtiments ont été brûlés)
Que veut Bruxelles ? Faire un exemple pour le Portugal, l'Espagne, L'Irlande, l'Italie, La France ??? Mettre à genoux le salariat et le petit peuple au profit d'une poignée de chacals ?
14-2-12